Depuis qu’il a mis la main sur la mosquée de Paris (GMP), en 2020 à la demande du Président algérien, le recteur Hafiz ne perd aucune occasion pour se mettre en avant et diffuser sa bonne parole. Un jour avec le Président Macron pour assister aux obsèques du Pape François au Vatican, un jour à la télévision pour commenter la réouverture de Notre-Dame de Paris, un autre jour à la mairie (LFI) de Roubaix pour affirmer, dit-il, son «message de paix». La célébration du centenaire de l’établissement religieux sis dans le Vème arrondissement parisien ne pouvait échapper à cette règle médiatique: elle a permis de réunir à la mosquée tout le gratin politique, de Laurent Nunez, ministre des Cultes, à Valérie Pecresse et Jean-François Copé. En d’autres termes, le recteur Hafiz recevait chez lui puisqu’il serait le propriétaire inamovible de la mosquée de Paris.
Revenons sur l’origine de cette institution.
Construit en 1926, après la grande guerre, ce bâtiment est installé près du Jardin des Plantes, place du Puits de l’Ermite. La mosquée fête son centenaire en ce mois de juillet puisqu’elle a été construite après guerre en hommage aux soldats français des colonies, morts au combat. Le 15 juillet 1926, le Président Gaston Doumergue est venu, accompagné du Sultan du Maroc, pour inaugurer ce bâtiment. C’est en effet en 1920, que, contredisant la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État, le Parlement français a voté une loi autorisant une subvention de 500.000 francs pour construire un lieu de culte dédié aux Français musulmans. Une subvention a également été accordée par la Ville de Paris à la société des Habous et des lieux saints de l’islam, support juridique de la mosquée et instrument sis en Algérie, alors française. En 1962, la France rapatrie la société des habous sur le territoire français et confie la gestion de la mosquée à Hamza Boubakeur, partisan de l’Algérie française puis à son fils Dalil, qui l’un et l’autre gèrent la grande mosquée de manière «familiale» jusqu’au coup de force de 2020.
En réalité, la mosquée de Paris, par la société des Habous était totalement française. Mais c’est le gouvernement de François Mitterrand qui, soucieux peut-être de faire oublier le passé algérien du Chef de l’État, et désireux, déjà, de se réconcilier avec Alger, décida de confier la gestion de la GMP à l’Algérie avec la nomination du recteur et la gestion de son budget. De la sorte, l’Algérie a progressivement évincé de la société des Habous, française à l’origine, puisque installée en Algérie, département français, puis rapatriée en France, les autres pays participants notamment le Maroc. C’est ainsi que par ce tour de passe-passe, Alger réussit à faire croire que la GMP est algérienne comme elle l’aurait toujours été… Mais le résultat est bien que l’Algérie se considère comme propriétaire de fait des lieux et agit en conséquence.
Le recteur actuel a été «élu» dit-on, par la société des Habous en janvier 2020 face à Ghaleb Bencheich, Président de la Fondation pour l’islam de France, qui m’en avait raconté avec une certaine amertume les péripéties qui avaient permis une élection «à l’algérienne». Depuis lors, l’actuel recteur a fait de la GMP son affaire personnelle. «Élu» en 2020, il était aussitôt accouru chez le nouveau Président algérien, Tebboune, pour y prendre ses instructions et il m’avait alors rendu visite à l’ambassade. Avocat, recteur de la mosquée de Paris, Chams-Eddine Hafiz est aussi un homme d’affaires.
Le journal L’Opinion a révélé sous le titre «Certification halal: la petite cuisine de la Grande Mosquée de Paris» le juteux commerce entrepris par la société unipersonnelle créée le 29 décembre 2022 par le recteur sous la dénomination de «Grande mosquée de Paris-Certification halal», SASU au capital de 10.000 euros. Et cette société, comme par magie, a obtenu du Président Tebboune, le monopole de la certification halal pour tous les produits exportés en Algérie, provenant de France… mais aussi de l’Union européenne. En clair, Espagnols, Allemands ou Danois, s’ils veulent exporter des produits en Algérie doivent obtenir (contre le paiement d’une dîme) un certificat halal délivré par la société du recteur Hafiz et non plus, comme ce serait logique, de la mosquée de Madrid, Brême ou Copenhague. Juteux commerce donc dont on peut se demander où va l’argent, notamment en période électorale.
La Grande Mosquée de Paris est donc bel et bien ainsi que l’écrivait le magazine le Point en janvier 2025 une «annexe du régime algérien» qui lui permet d’opérer en France tout en présentant une image religieuse impeccable. Nul doute que la GMP et son recteur interviendront dans le débat électoral.




