Le calme est de nouveau revenu au niveau du point de passage de Bab Sebta, après deux journées de tension extrême et d’afflux sans précédent de migrants vers le préside. Les tentatives de traversée ont brutalement régressé, jusqu’à s’interrompre presque totalement sous le coup des mesures sécuritaires et préventives instaurées conjointement par le Maroc et l’Espagne, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce lundi 3 août.
Sur place, la circulation habituelle des voyageurs et des véhicules a pu reprendre progressivement sous l’œil vigilant d’un imposant dispositif sécuritaire déployé dans toute la zone périphérique et le long du littoral. Ce retour à la normale n’efface pas pour autant les traces de la crise: dans la cité, des manifestations populaires ont éclaté pour dénoncer les violences visant les migrants, tandis qu’à Fnideq et ses environs, les forces publiques poursuivent un maillage serré du territoire avec des barrages de contrôle supplémentaires, afin d’interdire tout accès au rivage.
Concernant le nombre de personnes rapatriées et le bilan global des mouvements de population, les estimations des autorités témoignent de l’ampleur inédite de cette vague migratoire, et de son reflux rapide. Selon les déclarations du ministre espagnol de l’Intérieur, environ 69.000 personnes ont choisi de la quitter de manière spontanée et volontaire à mesure que le dispositif sécuritaire se refermait, rapporte Al Ahdath Al Maghribia. Les autorités ont déployé d’importants moyens de transport logistiques, dont des bus, pour ré-acheminer des milliers de migrants interceptés dans le périmètre frontalier vers leur lieu d’origine.
Alors que la situation sur le terrain tend à la stabilisation, l’incertitude demeure entière sur le bilan humain global: le nombre officiel de décès s’élève désormais à 67 personnes, tandis que des dizaines d’autres restent portées disparues, plongeant de nombreuses familles dans l’attente angoissante d’informations depuis les morgues et les hôpitaux de la région.
Face à cette crise, la Commission européenne a exprimé son soutien et sa satisfaction quant à l’action menée par le Maroc. Lors d’un entretien téléphonique entre la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures et le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, l’Exécutif européen a salué la réactivité et la coopération de Rabat dans la gestion de cette poussée migratoire exceptionnelle, rapporte Al Ahdath Al Maghribia.
Dans un message officiel diffusé sur le réseau social X, la responsable européenne a qualifié le Maroc de partenaire solide, fiable et stratégique, soulignant que le combat contre les réseaux de traite d’êtres humains et l’immigration clandestine ne peut être mené avec efficacité que dans le cadre d’un effort conjoint et coordonné à long terme. La Commission a ainsi réaffirmé son engagement à renforcer le partenariat stratégique et global unissant l’Union européenne et le Maroc pour faire face aux défis migratoires en Méditerranée.
Devant la gravité de la situation humaine et sanitaire, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme a lancé un appel solennel aux autorités des deux pays. Exprimant sa profonde préoccupation devant l’augmentation constante du nombre de victimes et de disparus, l’ONG a rappelé que le droit à la vie constituait le fondement de tous les droits humains et qu’il devait être préservé en toutes circonstances, indépendamment du statut juridique des personnes. L’organisation demande instamment l’activation de mécanismes d’urgence pour identifier l’ensemble des victimes décédées au moyen de tests ADN et d’autopsies médico-légales, ainsi que la mise en place d’un canal de communication fluide pour informer les familles en quête de leurs proches, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia. Elle préconise également la création d’une commission de coordination conjointe entre les autorités marocaines et espagnoles afin d’accélérer la recherche des dépouilles et leur remise. L’Organisation marocaine des droits de l’Homme réclame l’ouverture d’une enquête judiciaire transparente et urgente sur l’ensemble des exactions et agressions physiques signalées à l’encontre des migrants, y compris celles documentées par des enregistrements vidéo diffusés sur les réseaux sociaux.




