Dans certains de ses quartiers, Tanger retrouve son ancienne réputation sulfureuse pour être devenue une plaque tournante de la consommation de différentes drogues. Les autorités se trouvent actuellement confrontées à une recrudescence d’arrivées de toxicomanes fortement dépendants. Selon le quotidien Al Bayane, qui publie une série d’articles sur cette thématique ce mercredi 5 août, «derrière chaque consommation, chaque parcours de dépendance, il y a une histoire, une blessure, une rupture, une solitude». Dans le quartier commerçant de M’Sallah, «il n’y a pas seulement la drogue et des doses qui circulent visiblement et librement, mais aussi des vies abîmées, des destins interrompus, des personnes qui ont souvent été progressivement éloignées de leur famille, de leur travail et parfois d’elles-mêmes».
Le quotidien, selon lequel «la toxicomanie ne se résume pas à la consommation d’une drogue ou à un comportement, mais véhicule également des parcours sociaux, familiaux et humains complexes», atteste que la disponibilité en drogues est très «accessible» et précise qu’une dose de cocaïne se vend à 50 dirhams, un peu plus à 70 dirhams, tandis que le quart d’un gramme est cédé à 100 dirhams. «Des vendeurs en gros approvisionnent des intermédiaires, qui redistribuent ensuite les doses aux consommateurs», indique le quotidien.
Ces dépendances ne font aucune distinction de classe sociale, d’âge, de genre. «Au début, la consommation peut rester limitée, mais avec le temps, le phénomène de tolérance s’installe: le cerveau s’habitue progressivement au produit, ce qui pousse la personne à augmenter les doses afin de retrouver les mêmes sensations initiales», explique Dr Mohammed Hassoun, médecin addictologue, spécialiste de la prise en charge des conduites addictives dans la région de Tanger, interrogé par le quotidien. Ce commerce illégal aurait été à l’origine de la prolifération de «maisons de crack» qui se transforment en points de rassemblement où la consommation attire d’autres consommateurs, créant une clientèle permanente.
Al Bayane explique ainsi que «le tenancier de chaque maison, qui fume gratuitement, en prélevant une bouffée sur chaque consommation, «jabda d moul dar», dans le parler local, («la taffe du propriétaire»), entretient le circuit de la drogue dans la zone», ce qui provoque des dommages irréparables. C’est ainsi qu’une toxicomane rencontrée dans ce quartier a expliqué au quotidien avoir «fumé l’intégralité de son héritage». La prolifération de différentes drogues, et surtout leur banalisation, inquiète les habitants, dont certains ont demandé aux autorités d’agir, alors que des ONG tentent de prévenir et de soigner les toxicomanes victimes de ces addictions.
Interrogée par le quotidien, Fouzia Bouzitoun, présidente de l’Association Hasnouna de soutien aux usagers de drogues, initiée en 2006, a indiqué qu’«une grande partie des usagers accompagnés vivaient dans des situations de grande précarité: certains ne disposant pas de carte nationale d’identité, de documents administratifs, de logement ou de stabilité sociale». A son avis, «tout l’enjeu aujourd’hui est de développer des réponses médicales et psychosociales adaptées à l’ensemble des formes de dépendance, y compris celle liée au crack». Cet engagement associatif, selon Al Bayane, reste insuffisant, à cause du manque de structures médicales spécialisées et de la complexité que requièrent les prises en charge psychiatriques des cas de toxicomanie.




