Bernard Lugan

La chronique de Bernard Lugan

Bernard Lugan est un historien français, né à Meknès au Maroc. Auteur de plusieurs ouvrages| dédiés principalement au continent africain| il est considéré comme l’un des africanistes les plus réputés et a enseigné à cet égard l’histoire de l’Afrique dans plusieurs universités et écoles. Il a reçu en 1988 le prix Louis-Marin de l’Académie française pour son livre Huguenots et Français| ils ont fait l'Afrique du Sud.

L’Algérie se marginalise
Face à ces échecs, et si elle ne veut pas sortir de l’histoire, l’Algérie doit prendre une grave décision car elle n’a en réalité le choix qu’entre deux options.
Adieu Maghreb?
Après le lamentable et scandaleux spectacle offert par l’équipe nationale algérienne le samedi 10 janvier 2026 dernier sur la pelouse, dans les vestiaires et dans la tribune algérienne du Grand stade de Marrakech, je pensais que nous avions tout vu de l’âme profonde des Algériens. Or, ce qui s’est passé après la finale de la CAN est proprement stupéfiant. Stupéfiant et unique dans les annales du sport, à savoir qu’un pays étranger au match a célébré, non pas la victoire d’une équipe, mais la défaite d’une autre.
L’Algérie n’est pas encore intellectuellement décolonisée
Les historiens algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, s’inscrivent bien dans la ligne des idéologues français qui les ont formés. En leur donnant quitus, le président Tebboune montre que l’Algérie a encore un long chemin à faire avant de se décoloniser mentalement.
Le football, triste révélateur de l’état moral de l’Algérie
De Rabat au Cap, de Dakar à Addis-Abeba et de Paris à Madrid, des dizaines de millions de téléspectateurs ont, en effet, éberlués, pu assister au spectacle honteux donné par les joueurs, par l’encadrement et par les journalistes algériens. Quant aux supporters des tribunes leur comportement suant la haine a donné une bien triste image de leur pays.
L’Algérie risque d’apparaître comme le dernier État colonial en Afrique
L’Algérie va en effet apparaître comme étant le dernier État colonial en Afrique. Un État colonial refusant d’appliquer le droit à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, aux populations des territoires marocains, tunisiens et libyens qui lui furent offerts par le colonisateur français et qu’elle considère comme lui appartenant. L’Algérie qui ne consulta pas les populations marocaines, tunisiennes et libyennes vivant dans ces régions spoliées va donc se trouver dans une situation difficile.
Sud Kivu: l’emblématique prise d’Uvira par le M23
Trois décennies après le soulèvement de 1996, avec la prise d’Uvira par le M23, nous voilà revenus aux causes profondes de la déstabilisation régionale avec ses deux tendances lourdes et contradictoires à la fois: Kinshasa veut reprendre le contrôle des deux Kivu et Kigali cherche à faire passer toute la région dans sa zone d’influence.
2025, l’annus horribilis pour l’Algérie
Le plus grave, en 2025, ce sont les fondements existentiels de l’Algérie qui ont commencé à être sérieusement mis en question, ce qui a fait apparaître au grand jour qu’historiquement parlant, la «nation algérienne» est un «non concept».
Le président Tebboune gracie un historien pour qui «l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français»
Fidèle à la ligne définie au moment de l’indépendance de 1962 par Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Éducation nationale, pour qui «les Berbères sont une invention des Pères Blancs», Mohamed El Amine Belghit ne cessa jamais d’être un ardent défenseur de la thèse de l’inexistence de la berbérité. Au moment où le MAK a proclamé l’indépendance de la Kabylie, sa grâce par le président Tebboune ne manque pas d’interroger.
Le djihadisme n’est pas la cause originelle des guerres du Sahel
Les immensités sahéliennes sont le domaine du temps long où l’arrière-plan ethno-historique explique largement les crispations et les conflits actuels. Ici, les mémoires des peuples ont conservé les souvenirs d’avant la colonisation, quand les pasteurs nordistes razziaient les sédentaires sudistes.
Tebboune ose tout… et c’est même à cela que l’on reconnaît les présidents faillis
Or, le président algérien devrait tout au contraire clamer sa reconnaissance éternelle à la France coloniale sans laquelle, aujourd’hui, son pays serait peut-être encore une wilaya turque. En effet, quand, en 1830, la France chassa les Ottomans, la «nation algérienne» était un «non-concept». Cent trente ans plus tard, au moment de l’indépendance de juillet 1962, tout ce qui existait en Algérie avait été construit par la France et à partir du néant.