Convoquée par la Brigade, la figue de barbarie affirme avoir changé de statut. Elle n’est plus un fruit, mais une œuvre d’art: on la contemple à distance, sans jamais oser la toucher. À 8 dirhams l’unité, le Marocain s’en approche, la renifle, hoche la tête d’un air entendu, puis s’éloigne les mains vides, avec la dignité de celui qui avait, de toute façon, mieux à faire. Et, bien sûr, tout est la faute des intermédiaires, des intermédiaires des intermédiaires, et sans doute aussi des intermédiaires des intermédiaires des intermédiaires. Quant à la solution miracle, elle est toute trouvée: qu’un prédicateur du régime tayyibat la déclare persona non grata, et son prix s’effondrera dès le lendemain.