L’image est saisissante. Là où ne serpentait qu’un filet d’eau discret, s’écoule désormais une masse boueuse et impétueuse. Ce samedi, nos équipes ont convergé vers les rives de l’Oued Rdem pour constater l’ampleur du sinistre. Ici, le paysage témoigne de la violence de la crue: des habitations précaires, érigées en pisé et matériaux rudimentaires, ont été submergées par la montée subite des eaux.
Situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Sidi Kacem, sur l’axe menant à Meknès, le hameau de Laouia — dont le nom évoque la courbe sinueuse de la rivière — a payé le plus lourd tribut. Dans cette zone où prédominent l’agriculture vivrière et l’élevage extensif, la vulnérabilité des populations est exacerbée par la proximité immédiate du cours d’eau.
«La nuit de vendredi a basculé dans l’effroi. Sous l’effet de précipitations diluviennes, l’oued est sorti de son lit avec une soudaineté inouïe. Nous nous sommes retrouvés otages des flots», confie Zakaria, le regard hagard devant les décombres de sa demeure.
Pour ce riverain, le constat est sans appel: le mobilier et le bâti ont été emportés par la fureur liquide. Un sentiment de désolation partagé par son voisin, Saïd, qui nuance toutefois la surprise: «Nous connaissons le tempérament cyclique de cet affluent. S’il est vital pour l’irrigation de nos terres, il demeure une menace latente dès que les cimes environnantes saturent d’eau.»
Si le drame matériel est consommé, le miracle est humain. L’absence de pertes en vies humaines ne doit rien au hasard. Dès les premiers signes d’alerte météorologique, une synergie opérationnelle s’est mise en place. Sous l’égide des autorités locales, les Forces Auxiliaires et les unités de la Protection Civile ont orchestré une réponse d’urgence exemplaire.
L’évacuation préventive des zones à haut risque — notamment dans les communes de Zirara et Chabanate — a été la clé de voûte de cette gestion de crise. «La diligence des secours a été déterminante», souligne Saïd avec reconnaissance. Cette coordination interservices a permis de sanctuariser les populations et de mettre à l’abri une partie du cheptel, moteur économique vital de la région.
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L’Oued Rdem incarne parfaitement la typologie des cours d’eau méditerranéens: un régime hydrologique intermittent, caractérisé par une étiage sévère en période estivale et des crues éclair, dites «éclairs», lors de forts épisodes pluviométriques.
Bien que cet affluent soit le poumon de l’irrigation locale, sa dangerosité impose aujourd’hui une réflexion sur l’aménagement du territoire et la pérennisation des digues de protection, afin que le «réveil» de l’oued ne soit plus synonyme de désolation pour les habitants de la plaine de Sidi Kacem.







