Karim Serraj

La chronique de Karim Serraj

Grand reporter et Rédacteur en chef depuis plus de vingt ans, Karim a rejoint Le360 pour animer une chronique et un billet littéraire hebdomadaires. Il est SR de la rédaction francophone. Il collabore également avec des médias prestigieux en France. Titulaire d'un doctorat ès Lettres de la Sorbonne, il est auteur et enseigne depuis 1998 à l'Université marocaine la littérature française contemporaine et les méthodologies doctorales.

Archives militaires de Vincennes. Ep 7. 1893: le prétexte français pour rompre le traité de Lalla Maghnia et avancer vers le Sahara oriental
En décembre 1893, une note de l’état-major français transforme les combats de Melilla et la perspective d’une prise de Tanger par la Grande-Bretagne en déclencheurs d’une intervention au Maroc. Le raisonnement est écrit sans détour: si Madrid obtient des territoires ou si Londres s’installe à Tanger, Paris considérera le traité de Lalla Maghnia de 1845 comme rompu. Derrière cette rupture unilatérale se dessine un programme militaire: partir de Maghnia, atteindre la Moulouya, verrouiller les routes de l’Est et activer la pénétration militaire française au Sahara oriental. Les plans de conquête du Touat, du Gourara et du Tidikelt existent déjà.
Billet littéraire KS. Ep 86. «Houaria» d’Inam Bioud, ou la décennie noire vue des bas-fonds
Inam Bioud plonge dans l’Oran des années 1990 et raconte la décennie noire depuis ceux que les grands récits historiques laissent généralement hors champ. Prostituées, voyantes, petits délinquants, étudiants, médecins et laissés-pour-compte composent une fresque chorale où la violence politique descend jusque dans les corps, les amours et les familles. Ce roman âpre donne à lire une Algérie saisie par ses marges.
Archives militaires de Vincennes. Ep 6. Sahara oriental: en 1917, l’armée française réclamait des canons contre les nationalistes
Daté du 27 juin 1917, un rapport du général Laperrine met à nu la fragilité de la domination française sur les «confins sahariens». Près de vingt ans après la conquête du Touat, du Gourara et du Tidikelt, et quinze ans après les accords franco-marocains consacrant la mainmise coloniale, l’armée française réclame des canons, des fusils-mitrailleurs et des obus. L’armée reconnaît en face d’elle des combattants «très courageux», disciplinés et capables de menacer le dispositif français.
Parution. «Paris-Téhéran, le grand dévoilement»: autopsie d’un aveuglement français
Dans leur dernier opus, Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali rouvrent le dossier de la révolution iranienne et de sa réception française. De l’exil de Rouhollah Khomeini à Neauphle-le-Château aux soulèvements de 2025-2026, ils instruisent le procès de cinquante années de récits idéologiques, réexaminent la dynastie des Pahlavi, remontent les filières marxistes, palestiniennes et islamistes qui ont nourri la révolution, puis interrogent l’avenir politique du pays. Livre d’enquête, réquisitoire et plaidoyer tout ensemble, cet ouvrage soutenu par les photographies d’Alfred Yaghobzadeh oppose à l’Iran des mollahs un autre Iran: celui des rois, des poètes, des femmes insurgées et d’une jeunesse qui veut reprendre possession de son histoire.
Matthieu Ghadiri, ancien agent du contre-espionnage français infiltré en Iran: «Alger a servi de levier à Téhéran pour pénétrer les réseaux criminels algériens de France»
Dans ce second volet, Matthieu Ghadiri revient sur la mission que lui avait confiée la DST française, sur sa «légende» de futur avocat et membre du Parti socialiste français et sur le rapprochement entre les services iraniens et ceux de l’Algérie. Il éclaire les relations discrètes nouées entre les appareils iranien et algérien et décrit une coopération fondée, selon lui, surtout depuis 2005, sur l’échange de services, les opérations clandestines et la projection d’influence en Europe comme en Afrique.
Archives militaires de Vincennes. Ep 5. Quand l’armée française recensait des caïds marocains dans le Sahara oriental
Le 25 janvier 1893, une note de l’État-major français reconnaît la présence d’«une dizaine de caïds marocains» à la tête des principales fractions du Touat, du Gourara et du Tidikelt. Destiné au ministre de la Guerre, le document nie au Sultan tout titre sur les oasis, mais recense ses caïds, ses cavaliers, ses émissaires et l’intensification de son action politique. Les projets étudiés prescrivent surtout de «séparer» les populations du Maroc et d’en «couper» les communications. L’archive montre ainsi comment une présence chérifienne constatée sur le terrain fut transformée en obstacle à éliminer avant l’occupation coloniale.
Les révélations explosives de Matthieu Ghadiri, ancien agent du contre-espionnage français infiltré en Iran, sur les liens entre le régime des Mollahs, le Polisario, le Hezbollah et l’Algérie
Ancien agent du contre-espionnage français infiltré auprès des services de renseignement iraniens, Matthieu Ghadiri décrit un dispositif dans lequel la Force Al-Qods a organisé le rapprochement entre le Hezbollah et le Polisario, le mouvement chiite libanais assurant la formation de l’élite des combattants sahraouis et prenant en charge une partie de l’équipement et du financement du Polisario. Dans cette première partie de l’entretien, il retrace la genèse de cette relation: des premiers contacts avec l’entourage de l’ayatollah Khomeini jusqu’aux mécanismes par lesquels Téhéran a progressivement étendu son influence entre Tindouf et le Sahel.
Archives militaires de Vincennes. Ep 4. D’Igli à El Arja: comment l’Algérie a séparé les terres de leurs propriétaires marocains
De l’archive de 1886 aux tensions frontalières contemporaines, la même fracture demeure: une terre annexée à l’Algérie, mais des titres, des droits et une mémoire restés marocains. En détachant du Maroc des territoires que ses propres archives reconnaissaient comme liés au sultan et possédés par des tribus marocaines, l’Algérie française a séparé des familles de leurs terres. Cette dépossession continue de produire ses effets après l’éviction des exploitants marocains d’El Arja en 2021, et l’interdiction faite à des familles de Figuig d’accéder aux vergers hérités de leurs ancêtres à Ksar Ich en 2026.
Tebboune refuse les indemnités de la France: elle a déjà payé l’Algérie en kilomètres carrés
Lors de son dernier entretien télévisé, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a assuré que l’Algérie ne demandait à la France aucune indemnisation pour la colonisation. «L’Algérie ne fera jamais la manche. L’Algérie ne demandera jamais de l’argent», a-t-il dit. Il oublie seulement le plus spectaculaire des dédommagements déjà versés: un territoire porté, grâce à la France, d’une enveloppe estimée entre 500.000 et 700.000 km² en 1830 à 2.381.741 km² aujourd’hui. Le pays le plus vaste d’Afrique doit à la France, qu’il exècre, près des trois quarts de sa carte actuelle prélevée sur ses voisins.
Archives militaires de Vincennes. Ep 3. Les télégrammes de Lyautey en 1916 sur le Sahara occidental
En septembre 1916, Hubert Lyautey alerte Paris sur les manœuvres de l’Espagne et de l’Allemagne qui financent dans le Sahara occidental Ahmed al-Hiba, fils de Ma El Aïnin, et l’encouragent à mener une fronde contre le Sultan chérifien. Dans l’urgence militaire, les huit pages conservées aux archives de Vincennes livrent une géographie politique nette: elles révèlent un espace toujours rattaché au Maroc par le Sultan, les caïds, le Pacha de Tiznit et les tribus du Makhzen, sans que soit mentionnée la moindre souveraineté sahraouie ou État sahraoui distincts.