Karim Serraj

La chronique de Karim Serraj

Grand reporter et Rédacteur en chef dans le journalisme depuis plus de vingt ans, Karim est aussi auteur et il enseigne à l'Université marocaine la littérature française contemporaine et les méthodologies doctorales depuis 1998. Sa plume titille et interroge le réel, avec une pointe de sarcasme qui fait mouche. Retrouvez sa chronique tous les dimanches à midi sur Le360.

Le Polisario chez l’oncle Sam
Que s’est-il passé durant les cinq jours du Polisario à Washington? Un voyage tenu sous cloche, un avion spécial algérien et une délégation du Polisario conduite à la table sans pouvoir y poser son vieux fétiche: le référendum. Les États-Unis s’installent comme hôte et pilote, l’ONU reste en filigrane, et Alger observe, crispé, un couloir diplomatique qui se rétrécit.
Ali Khamenei: portrait épouvantable
Pendant plus de quatre décennies, Ali Khamenei a transformé l’Iran en une théocratie de fer, gouvernée par la peur, la sacralisation du pouvoir et la mort administrée. De l’ombre des purges révolutionnaires aux charniers secrets, de la paranoïa mystique à la répression de masse, ce portrait de l’abomination retrace la trajectoire d’un clerc ordinaire devenu l’un des tyrans religieux les plus implacables de l’époque contemporaine.
Billet littéraire KS. Ep. 75. «Café noir», recueil de nouvelles collectif, ou le polar revisité
Neuf nouvelles, neuf pays, un même goût du noir. Dans «Café noir», le polar devient un outil d’exploration sociale et politique, révélant les fractures intimes, les violences ordinaires et les désillusions contemporaines. Une anthologie internationale qui détourne les codes du genre pour mieux interroger le monde.
Londres décroche le Polisario
Après une décennie d’existence, de réunions militantes et de communiqués sans lendemain, le principal relais parlementaire du Polisario à Westminster, en Angleterre, a été dissous. L’APPG Western Sahara n’a pas été reconduit dans le registre officiel du Parlement britannique ce 1er janvier. Derrière cette non-reconduction se lit un échec cuisant: celui d’un lobbying rendu obsolète par le soutien explicite de Londres au plan d’autonomie marocain. Et les vaines tentatives d’Alger de la faire renaitre de ses cendres tombent dans le fracas…
Bastien Lachaud, un député français à la solde d’Alger
Depuis 2017, Bastien Lachaud occupe un siège à l’Assemblée nationale grâce à un ancrage électoral spécifique: celui des Franco-Algériens de Seine-Saint-Denis, à qui il rend une fidélité absolue en se faisant le relais zélé du régime algérien et du Polisario. Sur la scène française, il demeure un figurant, sans relief ni audience, mais en Algérie, il est célébré comme une voix précieuse et docile du régime. Portrait d’une carrière à l’arrêt, une pensée absente et une impasse politique assumée.
Billet littéraire KS. Ep. 74. «Le corbeau qui m’aimait», d’Abdelaziz Baraka Sakin, ou la satire de l’exil
Et si l’exil cessait d’être raconté comme un dossier, une statistique ou une posture morale? Avec «Le corbeau qui m’aimait», le soudanais Abdelaziz Baraka Sakin choisit la voie la plus risquée: celle du rire inquiet, du burlesque tragique, de la fable qui dérange. Un roman qui déplace la Jungle de Calais du reportage vers le mythe moderne, et fait de la littérature un poste-frontière.
Algérie: les frontières comme prison, ou le coût des territoires extorqués aux voisins
Loin d’être paisibles, les frontières algériennes artificielles avec la Libye à l’est (≃ 980 km), le Mali au sud-ouest (≃ 1.375 km) et le Maroc à l’ouest (≃ 1.950 km), font l’objet de tensions chroniques et de conflits dormants ou ouvertement déclarés. Ces zones ultra-sensibles empêchent les généraux algériens de dormir, et des dispositifs militaires démesurés, permanents et obsédants, y sont déployés comme nulle part ailleurs dans le monde.
Samia Ghali: la sénatrice aux trois drapeaux –France, Algérie, Polisario– qui a accéléré l’algérianisation de Marseille
Figure centrale de la vie politique marseillaise, Samia Ghali incarne les angles morts de la République face aux ingérences de l’Algérie. Sénatrice durant douze ans, élue socialiste depuis un quart de siècle, elle a brouillé les loyautés, assumant une proximité revendiquée avec Alger, au point d’interroger la vigilance de l’État français. Portrait d’une élue qui a activement algérianisé la cité phocéenne.
Billet littéraire KS. Ep. 73. «Quatre jours sans ma mère», de Ramsès Kefi, ou la quête des origines
Une mère disparaît sans bruit, laissant une casserole sur le feu et un mot d’amour en guise d’adieu provisoire. En quatre jours d’absence, ce premier roman de l’écrivain franco-tunisien Ramsès Kefi fait vaciller un fils adulte resté enfant, un père démuni et tout un édifice familial bâti sur le silence. Court et dense, ce texte drôle et bouleversant explore la dignité invisible des mères, la fragilité des hommes et la quête tardive d’une identité façonnée par l’exil et les non-dits.
Trois présidents dans un seul pays: l’étrange tragi-comédie algérienne
Un pays peut-il tenir debout quand il se découvre, soudain, trois têtes pour une seule nuque? À Alger, un président institutionnel, juché sur l’ossature militaire plus que sur l’adhésion populaire. À Tindouf, un président d’appoint, souverain d’un mirage sans monnaie ni frontières. Et en Kabylie, un président de défi, venu rappeler que l’unité proclamée ne suffit pas à effacer l’identité d’un peuple. L’Algérie ressemble alors à une partie d’échecs où l’on a multiplié les rois… sans jamais gagner la paix.