L’écosystème aéronautique marocain franchit un nouveau palier stratégique dans sa montée en gamme. Curtiss-Wright Corporation, géant américain né en 1929 et spécialisé dans les technologies de pointe pour l’aéronautique, l’aérospatiale et la défense, a officialisé son intention de s’implanter dans le Royaume. À travers sa division Surface Technologies, le groupe prévoit la mise en service, d’ici la mi-2027, d’une usine dédiée aux traitements de surface métalliques. Cette annonce intervient au moment où la filière locale cherche à combler les derniers maillons manquants de sa chaîne de valeur pour consolider ses capacités opérationnelles, indique le magazine hebdomadaire Challenge.
Porté par un taux d’intégration locale atteignant 42% et une progression annuelle de 17%, le secteur aéronautique marocain s’est progressivement affranchi de son image d’atelier d’assemblage à bas coûts. Les 155 entreprises du secteur, recensées par le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales, emploient plus de 25 000 personnes et génèrent environ 3 milliards de dollars d’exportations. L’arrivée de Curtiss-Wright s’inscrit dans une logique de rapprochement technique avec les grands donneurs d’ordre déjà ancrés sur le territoire, à l’image de Boeing, Safran, Spirit Ecosystems, Pratt & Whitney, Hexcel ou Figeac Aero.
Ray Lopuc, vice-président senior et directeur de la division Curtiss-Wright Surface Technologies, souligne que le Maroc est devenu un pôle de croissance essentiel pour les constructeurs et leur chaîne d’approvisionnement. En qualifiant de services indispensables les prestations que fournira son futur site, le dirigeant signale la volonté du groupe de répondre à des exigences techniques de niche plutôt que de se poser en concurrent direct des acteurs déjà en place. L’évaluation active des sites potentiels témoigne d’un projet industriel déjà bien avancé, apportant une validation supplémentaire à l’attractivité de la plateforme marocaine, lit-on dans Challenge.
Le traitement de surface représente une activité particulièrement complexe, soumise à des normes environnementales et de qualité drastiques. Soro Bernard, ingénieur aéronautique, rappelle que la mise en place opérationnelle d’une telle structure exige des investissements lourds, notamment pour l’obtention des agréments des constructeurs et des certifications délivrées par la FAA américaine ou l’EASA européenne. De son côté, Karim Cheikh, ancien président du GIMAS, nuance l’ampleur du déficit initial en précisant que si le manque de capacités locales était très important auparavant, l’arrivée progressive de plusieurs opérateurs a déjà permis de réduire considérablement ce vide.
Bien que le montant de l’investissement et le nombre d’emplois créés n’aient pas été divulgués, l’impact pour la filière réside principalement dans la réduction des délais logistiques et des coûts de transport pour les pièces nécessitant un traitement spécialisé. En offrant une solution de proximité, l’usine américaine renforcera la fluidité des cycles de fabrication locale. Cette présence permettra également de valoriser le label fabriqué au Maroc sur les marchés d’exportation européens et américains, profitant des accords de libre-échange du Royaume. À plus long terme, la présence du groupe américain pourrait ouvrir la voie à des développements ultérieurs dans les domaines de l’aérospatiale ou de la défense, tout en servant de point d’appui pour ses activités en Afrique.




