France: prescription d'antibiotiques pour "guérir" l'autisme, l'Agence du médicament saisit la justice

Antibiotiques (photo d'illustration).

Antibiotiques (photo d'illustration). . AFP

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé mardi 15 septembre avoir saisi le procureur de la République pour lui signaler le cas de médecins prescrivant à des enfants autistes des antibiotiques ou des substances censées éliminer les métaux lourds.

Le 15/09/2020 à 11h32

"Alertée sur la prescription par certains médecins de médicaments en dehors de leurs autorisations de mise sur le marché pour traiter des enfants atteints d'autisme", l'ANSM "déconseille formellement ces utilisations pour lesquelles ces médicaments n'ont fait aucune preuve de leur efficacité et qui exposent ces enfants à des risques, en particulier lors d'une utilisation prolongée", précise-t-elle dans un communiqué.

Les pratiques incriminées concernent la prescription "sur de longues durées (plusieurs mois)" de "médicaments anti-infectieux" (antibiotiques, antifongiques, antiparasitaires, antiviraux) et de "chélateurs de métaux lourds", des substances censées éliminer les métaux lourds de l'organisme, dont l'utilisation n'est recommandée qu'en cas d'intoxication avérée, détaille l'Agence nationale de sécurité du médicament.

Informée via sa procédure de lancement d'alerte par la présidente de l'association SOS Autisme, Olivia Cattan, l'agence a recueilli notamment des témoignages de parents et des ordonnances qui font état de ces prescriptions.

L'ANSM explique avoir "informé le procureur de la République de ces pratiques de prescriptions dangereuses" cet été, mais aussi les Ordres des médecins et des pharmaciens, responsables du respect des règles de déontologie par leurs membres, ainsi que la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM).

Olivia Cattan, qui s'apprête à publier un livre pour dénoncer ces pratiques ("Le livre noir de l'autisme", le 24 septembre aux éditions du Cherche Midi) a indiqué à l'AFP qu'elle déposerait aussi plainte de son côté prochainement auprès du procureur de la République et explique avoir alerté les Ordres des médecins et des pharmaciens.

"On voudrait vraiment que ça aille en justice et que ces médecins soient radiés. Les parents, dans une impasse thérapeutique, se font avoir et jettent leur argent dans des +protocoles+ pas prouvés scientifiquement", déplore-t-elle.

Selon Olivia Cattan, une cinquantaine de médecins seraient concernés, dans la mouvance de l'association Chronimed, fondée par le controversé Pr Luc Montagnier, et ils auraient traité quelque 5.000 enfants depuis 2012.

Cette année-là, Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour avoir participé à la découverte du virus du sida, défendait l'idée d'une "piste infectieuse" pour expliquer l'autisme, provoquant une prise de distance immédiate de l'Académie nationale de médecine, où se tenait sa conférence.

Cette dernière soulignait ainsi qu'"il serait déraisonnable de donner aux parents d'enfants atteints de cette maladie des espoirs injustifiés avant une validation de ces résultats par plusieurs équipes médicales".

"Les anti-infectieux présentent des risques de survenue d'effets indésirables en particulier lors d'une exposition au long cours. Ils peuvent se caractériser, outre les effets digestifs, par des troubles cardiovasculaires, cutanés, ainsi que par d'autres troubles spécifiques à chaque antibiotique utilisé", rappelle l'ANSM.

Par ailleurs, "l'utilisation d'antibiotiques sur une durée longue va contribuer à l'émergence d'une antibiorésistance qui diminuera l'efficacité du traitement en cas d'infection avérée", ajoute-t-elle.

"Les troubles du spectre de l'autisme constituent un syndrome neuro-développemental pour lequel il n'y a pas de traitement médicamenteux curatif", souligne Philippe Vella, directeur des médicaments en neurologie à l'ANSM, interrogé par l'AFP.

"Nous souhaitons avant tout envoyer un message aux familles dans le désarroi, potentiellement vulnérables, pour les alerter: on expose ces enfants aux effets indésirables connus de traitements pour lesquels les bénéfices n'ont pas été prouvés", souligne-t-il.

Le 15/09/2020 à 11h32