Pendant des mois, la figure la plus identifiable de Núcleo Nacional fut précisément un homme dont personne ne pouvait voir le visage. Vêtu de noir, le visage dissimulé sous une cagoule, il apparaissait dans les vidéos du groupe pour parler de «race», de «Reconquista», d’«invasion étrangère» et de «substitution démographique». Il se faisait simplement appeler Iván.
En juillet 2026, l’homme encagoulé a décidé de faire tomber le masque. Devant les caméras est alors apparu Iván Rico Olivares, employé administratif, fils d’un ancien conseiller municipal du Parti populaire et principal dirigeant opérationnel d’une organisation qui avait fait de l’anonymat et de l’esthétique paramilitaire deux de ses signes distinctifs.
Le geste avait été soigneusement calculé. Iván Rico ne se dévoilait pas pour modérer son discours, mais pour annoncer l’entrée de Núcleo Nacional dans une nouvelle phase. Après la rue, les salles de sport, les réseaux sociaux et les rassemblements contre l’immigration, le moment était venu d’utiliser, selon ses propres termes, «les outils du régime» et de se présenter aux élections.
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L’association continuera de s’appeler Núcleo Nacional, mais le parti politique enregistré pour participer aux scrutins porte un autre nom: Noviembre Nacional. Une référence directe aux manifestations de novembre 2023 devant le siège du PSOE, rue Ferraz à Madrid, où l’organisation a vu le jour. Ce virage électoral ne traduit donc aucun changement idéologique, mais seulement une évolution de méthode. Le mouvement qui promettait de combattre le système dans la rue entend désormais se servir des institutions qu’il rejette pour tenter de les «dynamiter de l’intérieur», comme ses propres responsables l’ont expliqué à leurs militants.
Ferraz, laboratoire de l’extrême droite
Núcleo Nacional est né dans le sillage des manifestations contre la loi d’amnistie organisées à l’automne 2023 devant le siège du PSOE, rue Ferraz à Madrid. Ces rassemblements avaient réuni des militants de Vox, des phalangistes, des néonazis, des ultras du football et des membres de petits groupuscules d’extrême droite. Lorsque la mobilisation s’est essoufflée, les éléments les plus radicaux ont conservé les contacts noués au cours de ces soirées et commencé à s’organiser sous le nom de Noviembre Nacional.
En janvier 2024, le collectif a commencé à opérer sur Telegram. Le 14 avril, il a organisé sa première présentation publique à l’Espacio Ardemans de Madrid, un local utilisé par La Falange. Le choix de la date, anniversaire de la proclamation de la Seconde République, relevait lui-même de la provocation. Lors de cette réunion, le dirigeant encagoulé, qui serait ensuite identifié comme Iván Rico, avait expliqué vouloir réunir sous une même bannière les «franquistes, phalangistes et nationaux-socialistes», ce dernier terme désignant tout simplement les nazis.
La nouvelle organisation s’est ainsi transformée en point de ralliement pour d’anciens membres de Bastión Frontal, Democracia Nacional, Skin Moncloa et Ultras Sur, ainsi que pour des militants issus des milieux phalangistes. Elle a également occupé une partie de l’espace laissé vacant par Hogar Social Madrid. Les vétérans ont apporté leur expérience de l’organisation militante, les anciens de Bastión Frontal leur jeunesse et leur maîtrise des réseaux sociaux, tandis que les milieux ultras ont insufflé une culture fondée sur la force physique et l’affrontement de rue.
En août 2024, Núcleo Nacional a été inscrit au Registre national des associations en tant qu’organisation «civico-politique», avec pour adresse un local de Valladolid historiquement lié à Democracia Nacional. Cette existence légale lui a permis de percevoir des cotisations, de vendre des produits dérivés, de louer des salles et d’organiser des événements, tandis que la Garde civile commençait à examiner certaines de ses vidéos et déclarations, susceptibles de constituer des délits de haine.
L’organisation a cependant cherché à se défaire de l’image traditionnelle du skinhead ou de l’ultra du football. Le vieux néonazisme des crânes rasés, des bars marginaux et des tribus urbaines a été revêtu d’une esthétique plus travaillée: vêtements noirs, vidéos soigneusement montées, salles de sport, clubs de lecture, podcasts, Telegram et produits dérivés. Le message n’a pratiquement pas changé; c’est la manière de le vendre qui s’est modernisée.
Les frères Rico, le pouvoir derrière la cagoule
Iván Rico Olivares est le visage politique et le principal porte-parole de l’organisation. Pendant presque toute la première phase d’existence de Núcleo Nacional, il a dissimulé son identité sous une cagoule. Celle-ci lui permettait de cultiver une image intimidante tout en rendant son identification publique plus difficile.
Cette mise en scène de l’anonymat contrastait pourtant avec son intense activité sur Internet. Ses discours étaient diffusés dans de courtes vidéos mêlant musique épique, images d’entraînements physiques et séquences montrant des militants défiler tout de noir vêtus.
Son frère, David Rico Olivares, joue un rôle moins visible, mais essentiel dans la propagande du mouvement. Une grande partie de la stratégie numérique et de la diffusion des contenus du groupe lui est attribuée. Selon des sources policières citées par El País, les deux frères résident dans une commune de la province de Guadalajara, à proximité de Madrid.
En retirant publiquement sa cagoule, Iván Rico a symboliquement marqué le passage de la sous-culture militante à la politique électorale. Difficile, en effet, de se présenter comme candidat, d’accorder des entretiens et de participer à une campagne tout en conservant durablement le personnage de l’inconnu encagoulé. Lorsqu’une journaliste de La Sexta lui a demandé ce qu’il pensait d’être qualifié de raciste, Rico a répondu en souriant: «Cela me convient.» Devant des sympathisants, il s’est montré encore plus explicite: «Nous sommes racistes ou racialistes.» Cette nuance terminologique vise à donner une apparence doctrinale à une conception qui hiérarchise les individus en fonction de leur origine ethnique.
Enrique Lemus, le vétéran qui connaît les rouages
Le troisième nom incontournable est celui d’Enrique Lemus Sánchez. Plus âgé que les frères Rico, Lemus est issu de Democracia Nacional, l’un des partis historiques de l’extrême droite extraparlementaire espagnole.
Son rôle tient moins à la propagande numérique qu’à son expérience du fonctionnement interne des organisations politiques. Lemus connaît les rouages des partis, les formalités administratives, le fonctionnement des associations et la mise en place de structures territoriales. Il fait le lien entre la vieille extrême droite des années 1990 et la nouvelle génération politiquement façonnée par Telegram, YouTube et TikTok.
C’est lui qui, le 10 février 2026, a officiellement fait inscrire Noviembre Nacional au Registre des partis politiques du ministère de l’Intérieur. Il apparaît comme le président de cette nouvelle formation à vocation nationale, domiciliée à la même adresse de Valladolid que Núcleo Nacional.
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Dans les faits, Iván Rico demeure le principal dirigeant public, tandis que Lemus met son expérience au service de la structure juridique et politique nécessaire à la transformation du mouvement en parti.
Autour d’eux gravitent d’autres propagandistes, comme le chanteur néonazi Alberto Pugilato ou le créateur de contenus David Santos, qui relaient leurs événements et contribuent à diffuser leurs messages auprès d’un public plus large que les seuls cercles militants traditionnels.
Isabel Medina Peralta, la figure la plus connue
Si Iván Rico incarne la direction opérationnelle, Isabel Medina Peralta est le visage le plus connu en dehors de l’organisation.
Peralta s’est fait connaître en février 2021, lorsqu’elle a prononcé un discours antisémite lors d’un hommage à la Division Azul, au cimetière madrilène de La Almudena. Elle avait alors 18 ans. Son intervention, dans laquelle elle rendait «le Juif» responsable de différents maux sociaux, l’a érigée en figure de référence des milieux néonazis espagnols.
Après avoir milité au sein de la Phalange, elle a participé à la fondation de Bastión Frontal. Elle s’est ensuite rendue en Allemagne pour se former auprès du parti néonazi Der III. Weg, «La Troisième Voie», une formation surveillée par les autorités allemandes et connue pour mêler propagande politique, discipline physique et activisme de rue. En 2022, les autorités allemandes lui ont refusé l’entrée sur le territoire après avoir découvert un drapeau nazi dans ses bagages. L’exhibition de ce type de symbole est interdite en Allemagne.
Après la désintégration de Bastión Frontal, Peralta a tenté de lancer Sección de Asalto, un petit groupe inspiré de plusieurs organisations néonazies européennes. Pendant les manifestations de Ferraz en 2023, elle est montée sur un abribus et a effectué le salut nazi. Elle avait alors été huée par une partie des manifestants conservateurs eux-mêmes, une scène qui avait révélé les limites de son acceptation jusque dans les rangs de la contestation antigouvernementale.
En avril 2025, l’Audience provinciale de Madrid l’a condamnée à un an de prison, six mois d’amende et un an d’inéligibilité pour incitation à la haine. Les faits remontaient à un rassemblement non autorisé organisé le 18 mai 2021 devant l’ambassade du Maroc à Madrid.
Lors de cette manifestation, convoquée en pleine crise migratoire à Sebta, Peralta avait dénoncé une «substitution raciale» et scandé des slogans tels que «mort à l’envahisseur». Le tribunal a estimé que ses propos ne relevaient pas d’une simple opinion sur l’immigration, mais constituaient une incitation à une «lutte à caractère violent» contre les Marocains et les musulmans.
En juillet 2026, le Tribunal supérieur de justice de Madrid a confirmé sa condamnation. Peralta a réagi en déchirant devant les caméras une copie de la décision judiciaire, avant d’effectuer une nouvelle fois le salut nazi face à l’ambassade du Maroc à Madrid. Sa présence à la direction de Núcleo Nacional remplit une double fonction. Elle offre au groupe une forte visibilité médiatique et le relie à des réseaux néonazis étrangers, tout en l’associant directement à un discours antimarocain qui n’a rien de circonstanciel et constitue, au contraire, l’un des fils conducteurs de son parcours.
Le nazisme revendiqué
Isabel Medina Peralta se revendique ouvertement du national-socialisme. Le terme pourrait sembler renvoyer à une combinaison imprécise de nationalisme et de socialisme, mais il ne comporte en réalité aucune ambiguïté: le national-socialisme est le nom complet de l’idéologie nazie d’Adolf Hitler, fondée sur le suprémacisme racial, l’antisémitisme, l’autoritarisme et la soumission de l’individu à une communauté définie par le sang et l’origine.
Dans le cas de Peralta, il ne s’agit pas d’une étiquette provocatrice employée au hasard. Ses discours antisémites, son admiration pour l’Allemagne hitlérienne, sa formation auprès du parti néonazi allemand Der III. Weg et ses saluts nazis répétés laissent peu de place à l’interprétation. Núcleo Nacional ne cherche pas davantage à le dissimuler. Lors de la présentation du mouvement, Iván Rico avait expliqué vouloir rassembler des «franquistes, phalangistes et nationaux-socialistes». Un autre militant avait été plus direct encore: «Nazis, fascistes? Bien sûr que nous le sommes!»
Cette idéologie se retrouve dans un programme qui fait de l’appartenance raciale le fondement de la nation. Núcleo Nacional présente la «défense de la race» comme la «colonne vertébrale» du peuple, encourage la natalité parmi les Espagnols et rejette la société multiculturelle. Ses dirigeants défendent également la théorie complotiste du «grand remplacement», selon laquelle certaines élites favoriseraient délibérément l’immigration afin de substituer de nouvelles populations aux peuples européens.
De là découle leur proposition de «remigration», un euphémisme qui va bien au-delà de l’expulsion des personnes en situation irrégulière. Elle vise également les immigrés légalement établis, voire les citoyens espagnols d’origine étrangère que le groupe juge impossibles à assimiler sur le plan racial. Pour Núcleo Nacional, la citoyenneté ne dépend pas uniquement de la nationalité ou du lieu de naissance, mais aussi de l’ascendance.
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À ce socle racial viennent s’ajouter l’antisémitisme, l’antiféminisme, le rejet des droits des personnes LGBTI, l’opposition à l’avortement et à l’euthanasie, le révisionnisme franquiste et l’admiration pour différents mouvements fascistes européens. L’organisation a modernisé son image et s’apprête à se présenter aux élections, mais ni son esthétique renouvelée ni son nouveau statut de parti ne changent la nature de ses idées. Sous l’emballage électoral demeure une doctrine que ses propres responsables appellent par son nom: le national-socialisme.
«El Nido», l’antre de Núcleo Nacional
L’une des clés du développement de Núcleo Nacional réside dans sa volonté de construire une communauté qui dépasse le simple cadre du militantisme politique.
Son siège madrilène, situé dans le quartier de Las Tablas et baptisé «El Nido», «Le Nid», s’étend sur environ 530 mètres carrés. Il comprend une salle de sport, une bibliothèque, une salle de conférences, une terrasse, un bar et un espace consacré à la vente de tee-shirts, de bracelets et d’autres produits. Selon le récit d’une visite publié par El País, un portrait d’Adolf Hitler trône dans la bibliothèque.
La salle de sport n’est pas un simple équipement annexe. La préparation physique et le combat au corps à corps occupent une place importante dans la culture du mouvement. Ses responsables présentent le corps discipliné comme la métaphore de la nation qu’ils prétendent construire: forte, homogène, masculine et prête à l’affrontement.
Isabel Peralta a expliqué que l’objectif était de former une communauté de «surhommes» disposés à mourir pour la patrie et pour leurs camarades. Le militant idéal doit étudier, travailler, s’entraîner et soumettre sa vie personnelle aux besoins du groupe.
Les clubs de lecture servent, quant à eux, à donner un vernis intellectuel au discours. On y étudie des textes phalangistes, franquistes et nationaux-socialistes. Peralta est même allée jusqu’à proposer la lecture de certains ouvrages que le régime hitlérien avait ordonné de brûler, au motif qu’il fallait comprendre pourquoi ils avaient été interdits.
À ce travail mené sur le terrain s’ajoute une machine numérique particulièrement efficace. Les vidéos de l’organisation bénéficient d’une réalisation très soignée: plans serrés, musique martiale, tenues uniformes, scènes d’entraînement et messages lapidaires. L’objectif n’est pas de convaincre au moyen de longs programmes politiques, mais de transmettre une identité, une impression de force et un sentiment d’appartenance.
En novembre 2025, des sources issues des services de renseignement de la police estimaient à environ 1.500 le nombre d’adhérents de Núcleo Nacional, pour la plupart des jeunes versant une cotisation mensuelle de dix euros. Ce chiffre n’a toutefois pas pu être vérifié de manière indépendante. Outre les cotisations, l’organisation tire ses revenus de dons, de campagnes de financement participatif et de la vente de vêtements et d’accessoires. Certains de ses tee-shirts comportent des références codées au nazisme, au suprémacisme blanc et à l’Holocauste.
Les produits dérivés ne servent pas seulement à financer la structure. Ils permettent également aux sympathisants d’afficher une identité commune sans recourir systématiquement à des symboles nazis explicites, susceptibles d’entraîner des poursuites judiciaires ou de provoquer un rejet social. L’organisation a ouvert des antennes à Madrid, Valladolid et Barcelone, et annoncé son intention de s’implanter dans les Asturies, à Marbella et dans d’autres villes. Un écart considérable demeure néanmoins entre le nombre de ses abonnés sur les réseaux sociaux, celui de ses adhérents déclarés et sa capacité réelle à mobiliser dans la rue. Ses principaux rassemblements réunissent généralement entre 150 et 200 personnes, même si ce nombre peut être plus important lors d’événements organisés avec d’autres mouvements.
Le Maroc, ennemi désigné
Dans cet imaginaire racial, le Maroc occupe une place particulière. Núcleo Nacional ne le présente pas seulement comme le pays d’origine d’une partie des immigrés établis en Espagne, mais comme un adversaire qui agirait délibérément contre la population espagnole. Le rejet de l’immigré marocain se confond ainsi avec l’hostilité envers l’islam.
L’organisation a résumé cette position en une formule dépourvue de toute nuance: «Le Maroc est notre ennemi». Lors de la dernière crise migratoire, Iván Rico a affirmé devant l’ambassade du Maroc que «Sebta a été envahie», présentant l’arrivée des migrants comme «une répétition générale du gouvernement marocain» avant une future opération contre Sebta et Melilla. Ce vocabulaire n’a rien d’anodin. En parlant d’«invasion», Núcleo Nacional efface toute distinction entre l’État marocain, les réseaux de trafic et les milliers de jeunes qui ont tenté de gagner Sebta. Tous sont assimilés à une seule et même menace. Le Marocain n’est plus présenté comme une personne qui migre, mais comme l’avant-garde d’un projet politique et démographique.
Cette hostilité vise également les Marocains établis légalement en Espagne. Selon la conception raciale de la nation défendue par le groupe, l’obtention de la nationalité ou le fait d’être né dans le pays ne suffisent pas nécessairement à faire de quelqu’un un Espagnol. Voilà pourquoi ses slogans mêlent les appels à la «déportation» à des mots d’ordre beaucoup plus explicites, tels que «Les Maures hors d’Espagne».
La crise de Sebta a offert au groupe l’occasion de traduire ces paroles en une succession d’actions. Le 31 juillet, Núcleo Nacional s’est rassemblé devant l’ambassade du Maroc à Madrid. Isabel Medina Peralta y a déchiré la décision judiciaire confirmant sa condamnation pour incitation à la violence contre les Marocains et les musulmans, prononcée après une manifestation organisée au même endroit en 2021. Elle a ensuite effectué le salut nazi, auquel une personne présente dans le public a répondu par un «Sieg Heil». Le lendemain, une dizaine de militants emmenés par Iván Rico se sont rendus à Sebta pour y poursuivre leur offensive.
L’opération s’est achevée bien loin de la démonstration de force espérée. Dès leur arrivée au port, les militants ont été pris à partie par des habitants qui les accusaient d’exploiter la crise pour semer la haine. La Police nationale a dû les escorter et ils ont finalement quitté la ville sans pouvoir organiser la mobilisation prévue. L’un des militants, qui avait le visage couvert, a d’abord refusé de se découvrir, craignant d’être reconnu sur son lieu de travail. Une scène qui a révélé le fossé entre l’agressivité de la mise en scène et la volonté d’en assumer personnellement les conséquences.
La présence d’Isabel Peralta inscrit par ailleurs cette obsession dans la durée. En mai 2021, avant même la naissance de Núcleo Nacional, elle avait déjà exploité une précédente crise migratoire à Sebta pour dénoncer, devant l’ambassade du Maroc, une «substitution raciale sans précédent» et proclamer «mort à l’envahisseur». Condamnée par la suite pour ces propos, elle est revenue cinq ans plus tard au même endroit avec le même discours. Dans l’une de ses vidéos les plus récentes, elle a tenté de nier son islamophobie par une phrase qui révèle, en réalité, le fond de sa pensée: «Je ne suis pas islamophobe, j’ai simplement un problème avec les Marocains».
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Le Maroc n’est pas le seul ennemi désigné dans l’univers idéologique de Núcleo Nacional, mais il est celui qui permet au groupe de réunir toutes ses obsessions en une seule figure: la race, l’immigration, l’islam, le territoire et le déclin national. Chaque différend diplomatique, mouvement migratoire ou incident frontalier vient ainsi nourrir le même récit: celui d’une Espagne trahie de l’intérieur et assiégée depuis le sud. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un rejet de l’immigration, mais d’un discours spécifiquement antimarocain, répété dans ses slogans, incarné par ses dirigeants et désormais porté des réseaux sociaux jusque dans la rue.
Le danger de la banalisation
L’entrée dans l’arène électorale permet à Núcleo Nacional d’étendre son champ d’action au-delà de la rue et des réseaux sociaux. Sous la bannière de Noviembre Nacional, le groupe pourra présenter des candidats, investir les espaces de campagne et donner une apparence de respectabilité institutionnelle à un projet toujours fondé sur le suprémacisme racial et le rejet de la démocratie.
Ses chances d’obtenir une représentation électorale demeurent limitées. Son influence ne se mesure cependant pas uniquement au nombre de sièges remportés. Le groupe peut recruter de nouveaux militants, attirer des financements, imposer son vocabulaire dans le débat public et pousser d’autres formations ultras à radicaliser davantage leurs positions. Des concepts encore récemment cantonnés aux cercles néonazis, comme la «remigration» ou la «substitution raciale», commencent ainsi à être présentés comme des propositions dignes d’entrer dans le débat politique.
C’est précisément dans cette banalisation que réside le danger. Participer aux élections ne change pas la nature de Núcleo Nacional, mais peut contribuer à lui faire perdre son image de groupuscule marginal. Lorsque le racisme devient «racialisme», les expulsions massives «remigration» et le néonazisme une candidature comme une autre, seul l’emballage change; le projet, lui, reste intact.




