Le RNI post-Akhannouch

Mustapha Sehimi.

Mustapha Sehimi.

ChroniqueUne nouvelle séquence s’ouvre donc pour le Rassemblement national des indépendants (RNI), après la décision de son président, Aziz Akhannouch, de ne pas briguer un nouveau mandat. Un retrait aux répercussions multiples: sur la marge de manœuvre du chef du gouvernement à l’approche des législatives de septembre, sur les équilibres de la majorité, et sur l’avenir immédiat du parti, appelé à élire ce samedi 7 février son successeur — le candidat unique Mohamed Chouki.

Le 06/02/2026 à 16h00

L’agenda électoral et politique de ce début d’année 2026 a été sensiblement bousculé par l’annonce faite, le 11 janvier dernier, par Aziz Akhannouch, président du parti de la Colombe, de sa décision de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants (RNI), alors même que le congrès ordinaire du parti était initialement prévu pour avril prochain. Choix personnel ou décision contrainte? Toujours est-il que le même jour, le bureau politique a entériné la convocation d’un congrès extraordinaire, fixé au 7 février, afin d’élire un successeur.

Depuis, cette même instance a arrêté son choix sur un candidat unique: Mohamed Chouki. Député à la Chambre des représentants, ancien président de la Commission des finances jusqu’en avril 2024, puis président du groupe parlementaire fort de 103 membres, le profil du postulant retient l’attention. Diplômé de l’Université Al Akhawayn, doté d’une formation supérieure spécialisée en gestion, finance et économie, Mohamed Chouki se distingue par un parcours davantage fondé sur les compétences que sur l’appareil partisan. Homme d’affaires et investisseur, il incarne une figure susceptible de consolider l’image d’un parti perçu comme fiable et crédible, aussi bien aux yeux de l’exécutif et de l’administration que des acteurs économiques. Appuyé par Aziz Akhannouch, il devrait être élu sans difficulté à El Jadida ce samedi, malgré les réserves exprimées en interne par certains responsables du parti.

Au-delà de la succession elle-même, les implications politiques de ce changement sont multiples. La première concerne moins le statut de Aziz Akhannouch en tant que chef du gouvernement que la portée réelle de son action dans les mois à venir. Il continuera d’exercer ses fonctions à la tête de l’Exécutif durant près de huit mois encore, mais dans un contexte politique possiblement plus contraint, voire affaibli. Jusqu’ici, il s’était pleinement engagé dans la perspective de reconduire son parti en tête lors des élections de septembre 2026, en mettant en avant le «bon bilan» de son gouvernement. Sa voix portera-t-elle avec la même force désormais? Mohamed Chouki et les candidats du RNI sauront-ils capitaliser sur les réformes et réalisations revendiquées par l’actuel cabinet?

«Longtemps perçu comme un parti de notables peu structuré, le RNI s’est transformé, sous la présidence Akhannouch, en une formation managériale, caractérisée par la centralisation de la décision, une forte capacité de financement et un maillage territorial renforcé.»

—  Mustapha Sehimi

Plusieurs chantiers structurants restent, en outre, en attente — parmi les plus sensibles du moment: révision du code pénal et du code du travail, réforme de la Moudawana, refonte du régime des retraites, relance du dialogue social, durcissement du dispositif anticorruption, réduction des inégalités sociales et territoriales, sans oublier l’approfondissement de la régionalisation avancée. Or, il ne reste guère qu’une session parlementaire réellement «opérante» pour faire adopter des textes de cette ampleur. Peut-on, dès lors, miser sur la session de printemps pour enclencher un sursaut législatif et rattraper des retards qui s’accumulent depuis des années?

Reste à savoir si le RNI version Mohamed Chouki se distinguera réellement du parti façonné par Aziz Akhannouch au cours de ses deux mandats, entre octobre 2016 et février 2026. La compétition électorale avec les deux partenaires de la majorité actuelle — le PAM et le PI — ne s’annonce-t-elle pas plus âpre? À la différence de 2021, le RNI pourra-t-il encore se prévaloir du statut de parti porteur? La perspective de transhumances de certains notables vers le PAM, voire le PI, est-elle réellement à exclure? Et qui peut affirmer avec certitude que le RNI se maintiendra en tête lors des législatives de septembre 2026? Le PAM, pour sa part, affiche clairement ses ambitions. Sa coordinatrice, Fatima Zahra Mansouri, entend reprendre la main sur le processus de parrainage des candidatures, n’hésitant pas à écarter des dizaines de parlementaires sortants.

Reste que le RNI demeurera, sauf surprise majeure, un acteur central de la future majorité issue des prochaines élections. Fort de près de cinq décennies d’existence depuis sa création en octobre 1978, son histoire est largement celle d’un parti à vocation gouvernementale. Il s’est construit comme une formation de stabilité, répondant à un besoin systémique: agréger des élites économiques, rurales et administratives; offrir un outil politique souple au centre du jeu institutionnel; incarner, en somme, un parti-fonction plus qu’un parti-programme. Longtemps perçu comme un parti de notables peu structuré, le RNI s’est transformé, sous la présidence Akhannouch, en une formation managériale, caractérisée par la centralisation de la décision, une forte capacité de financement et un maillage territorial renforcé. À cela s’ajoute un rôle de pivot, d’interface et d’amortisseur du système politique.

Une logique de stabilité, de continuité et de gestion, qui sera toutefois soumise à l’épreuve décisive du verdict des urnes, en septembre 2026.

Par Mustapha Sehimi
Le 06/02/2026 à 16h00