Une politique monétaire plus souple peut-elle réellement créer de l’emploi?

La productivité stimule l’emploi, et l’investissement alimente la dynamique économique. C’est dans cette optique que Bank Al-Maghrib a récemment décidé d’abaisser son taux directeur à 2,25 %.

Revue de presseLa baisse du taux directeur au Maroc vise à stimuler l’investissement et l’emploi, mais son efficacité reste incertaine face à une crise structurelle. Le gouvernement propose des mesures, mais leur impact réel suscite des doutes. Cet article est une analyse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 23/03/2025 à 22h00

Le Maroc fait face à un défi de taille: un taux de chômage élevé, touchant particulièrement les jeunes et les diplômés. Dans ce contexte, la création d’emplois devient une priorité nationale. La productivité stimule l’emploi, et l’investissement alimente la dynamique économique. C’est dans cette optique que Bank Al-Maghrib a récemment décidé d’abaisser son taux directeur à 2,25%. Mais cette mesure peut-elle réellement débloquer un marché du travail en crise? C’est la question à laquelle le quotidien Les Inspirations Éco tente de répondre dans son édition du 24 mars.

Il en ressort que les théories économiques suggèrent qu’une baisse des taux directeurs favorise la croissance en rendant le crédit plus accessible, ce qui encourage l’investissement et, par effet domino, soutient l’emploi. Toutefois, la situation marocaine est plus complexe, lit-on.

Citant Omar Kettani, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat, le quotidien souligne que l’équilibre entre investissement et inflation est délicat. «Lutter contre l’inflation freine l’investissement, ce qui réduit la consommation et ralentit l’activité économique. À l’inverse, encourager l’investissement risque de relancer l’inflation. Mais au-delà de cette dynamique, le problème de l’emploi est avant tout structurel: stimuler l’investissement seul ne suffira pas. Il faut un ensemble de mesures complémentaires», lit-on encore.

Mohamed Chiguer, économiste, va plus loin. «Pour les PME, l’accès au financement n’est pas l’obstacle principal, comme le montrent des études du HCP. Plus de la moitié d’entre elles ne cherchent ni à se développer ni à s’endetter. De plus, une entreprise n’a pas pour vocation première de créer des emplois, mais de générer des profits. L’emploi découle plutôt d’une organisation économique efficace, où l’État et les grandes structures transforment l’emploi potentiel en emploi effectif», argumente-t-il.

Le paradoxe de l’investissement est frappant. Loin d’être un remède miracle, il peut même détruire des emplois, notamment lorsque les gains de productivité entraînent la suppression de postes.

Face à ces enjeux, le gouvernement a lancé une feuille de route pour dynamiser l’emploi, avec une enveloppe de 15 milliards de dirhams dédiée aux investissements. Mais cette initiative suscite des doutes. Un expert également cité par Les Inspirations Éco est catégorique: «Imaginer que ce budget suffira à dynamiser l’emploi, c’est oublier les échecs des programmes précédents».

D’autres pistes émergent: organiser et accompagner le secteur informel, améliorer le taux d’encadrement sans nécessiter de grands moyens, et renforcer la formation professionnelle. Certains plaident même pour la création de centres de formation en milieu rural, afin de mieux répondre aux besoins du marché. Toutefois, le manque d’études approfondies avant la mise en place de ces initiatives reste un frein majeur, conclut le quotidien.

Par Nabil Ouzzane
Le 23/03/2025 à 22h00

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