Au Canada, les menaces de Trump, un "électrochoc" pour les entreprises

Un appareil d'Air Canada.

Les menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane ont provoqué un électrochoc au Canada, poussant les entreprises à s’interroger sur leur dépendance aux Etats-Unis. Mais cette remise en question est un vrai casse-tête pour de nombreux secteurs.

Le 19/02/2025 à 08h09

«L’imprévisibilité et l’incertitude provoquent une anxiété incroyable», explique à l’AFP Matthew Holmes, vice-président exécutif à la Chambre de commerce du Canada.

«Tout le monde se dit qu’on ne peut plus faire confiance à notre partenaire américain. C’est un électrochoc», ajoute-t-il.

Donald Trump avait annoncé la mise en place de droits de douane de 25% sur tous les produits canadiens et mexicains avant de faire volte-face début février, quelques heures avant leur entrée en vigueur, en accordant un sursis de 30 jours aux deux pays.

Pas suffisant pour rassurer les entreprises canadiennes, car 75% des exportations du pays partent vers les États-Unis et une guerre commerciale avec le puissant voisin du sud provoquerait une récession et la disparition de centaines de milliers d’emplois.

Dans ce contexte, «nous devons être prêts, avoir des infrastructures et les relations nécessaires» pour tisser davantage de liens, «entre nous et avec le reste du monde», martèle Matthew Holmes.

Il faut «commencer à les développer dès maintenant», ajoute-t-il. «Sinon on est vraiment foutu.»

«Pas de solution miracle»

D’après un récent sondage, les Canadiens sont favorables à cette évolution: neuf sur dix estiment que leur pays devrait être moins dépendant des échanges commerciaux avec les Etats-Unis.

Dans l’urgence, le gouvernement tente aussi d’accompagner le changement: Ottawa a organisé début février un sommet économique à Toronto pour réfléchir à «diversifier les marchés d’exportation» et «stimuler la productivité».

Il faut être «plus efficaces et plus compétitifs», a déclaré le Premier ministre Justin Trudeau, reconnaissant que le commerce avec les Etats-Unis - un immense marché de 340 millions d’habitants - «a toujours été facile et notre posture par défaut».

Mais plus facile à dire qu’à faire, alors que les économies des deux pays sont «extrêmement interconnectées», avec 1.000 milliards de dollars canadiens (675 milliards d’euros) d’échanges commerciaux et une proximité géographique. Elles entretiennent aussi de «bonnes relations de longue date», souligne à l’AFP Robert Gillezeau, professeur d’économie à l’Université de Toronto.

«Pour certains secteurs, ce sera un peu plus facile», dit-il, mais cela «ne se fait pas en un claquement de doigts». «Ce sera la pagaille, et il n’y a pas de solution miracle», estime-t-il.

Dans l’alimentaire, certains sont déjà confrontés à ce casse-tête.

«Nous avons gelé les achats de plusieurs produits américains et nous regardons ailleurs pour nous approvisionner», explique Mike Bono, patron de Can-Am Services Alimentaires.

Mais cela n’est pas possible pour tous les produits pour cette entreprise, qui est l’un des plus importants distributeurs de fruits et légumes au Québec et en Ontario, avec près de 3.000 clients, dont de nombreux restaurants et hôtels.

Abolir les barrières

De nombreuses voix s’élèvent également pour abolir les barrières commerciales entre provinces.

Le retrait de ces obstacles améliorerait la productivité et ferait augmenter le PIB canadien, mais «il faudra un niveau d’effort et de coordination que l’on voit rarement dans la fédération canadienne», estime Robert Gillezeau.

La ministre canadienne des Transports Anita Anand, qui veut rapidement faire avancer ce dossier, estime que «face aux menaces répétées de Donald Trump, il faut choisir le Canada».

Elle explique que la suppression des barrières économiques entre les provinces - telles que les restrictions à la vente d’alcool, les différentes règles d’étiquetage ou certifications - pourrait faire baisser les prix jusqu’à 15% et injecter jusqu’à 200 milliards de dollars dans l’économie nationale.

Certains poussent également pour la construction d’oléoducs dans le pays, notamment d’est en ouest. Une infrastructure qui n’existe pas à l’heure actuelle, et qui pourrait diminuer la dépendance de certaines provinces aux infrastructures américaines et diversifier les exportations.

Mais ces projets, contestés sur le plan écologique, ont été abandonnés depuis des années.

Par Le360 (avec AFP)
Le 19/02/2025 à 08h09

Bienvenue dans l’espace commentaire

Nous souhaitons un espace de débat, d’échange et de dialogue. Afin d'améliorer la qualité des échanges sous nos articles, ainsi que votre expérience de contribution, nous vous invitons à consulter nos règles d’utilisation.

Lire notre charte

VOS RÉACTIONS

0/800