Crime contre l’humanité

Tahar Ben Jelloun.

ChroniqueCrime contre l’humanité. C’est ainsi que des observateurs, des journalistes et des familles de victimes caractérisent ce qu’a fait le régime abject de Téhéran. Et il est toujours en place. Par le sang versé, par la peur distillée, par la haine du peuple et par l’arrogance d’assassins sans le moindre scrupule.

Le 02/02/2026 à 11h00

Comme tous les régimes dont la légitimité a été arrachée à quelque élément irrationnel, dans ce cas, la religion, l’iranien a démontré sa fragilité, sa cruauté et ses échecs tous azimuts. Un État qui assassine délibérément ses citoyens devrait être jugé et mis hors d’état de nuire. Mais ceux qui peuvent le faire plier tiennent compte de leurs intérêts et ferment les yeux sur les massacres commis par le groupe terroriste «Gardiens de la Révolution».

D’après des estimations de plusieurs observateurs humanistes internationaux, le régime a tué 30.000 personnes. Non seulement l’armée tirait sur la foule sans hésiter, mais des snipers étaient installés en haut des immeubles pour abattre tous les passants même s’ils ne manifestaient pas.

Ce chiffre, dont le régime reconnaît le dixième, a été obtenu par des calculs qui se recoupent de manière scientifique.

Crime contre l’humanité. C’est ainsi que des observateurs, des journalistes et des familles de victimes caractérisent ce qu’a fait le régime abject de Téhéran. Et il est toujours en place. Par le sang versé, par la peur distillée, par la haine du peuple et par l’arrogance d’assassins sans le moindre scrupule.

Les manifestations d’un peuple courageux, commencées le 28 décembre dernier, se sont poursuivies malgré tant de sang versé, malgré la haine des ayatollahs à l’égard de leur peuple, malgré l’indécence et la brutalité du discours du vieillard sénile mais assez lucide pour demander à l’armée de tuer le maximum de gens, ont alerté l’opinion internationale qui, malheureusement reste impuissante devant ces crimes de masse et l’horreur qui frappe des milliers de familles.

Le Maroc a eu raison de rompre tout lien avec ce régime, allié de notre voisin qui lui ressemble, et de prendre ses distances face à cette instrumentalisation indécente et brutale de l’islam à des fins de manipulation.

Le Maroc, bien avant, avait senti la présence du mal dans ce système diabolique, fait pour déstabiliser des sociétés tranquilles. Il avait miné l’autorité libanaise en installant une armée importante sur le sol de ce pays et de là, l’Iran participait aux massacres des populations syriennes. Aujourd’hui le Hezbollah a été affaibli mais ne renonce pas.

Soutien de la junte algérienne, des militaires iraniens ont entraîné des éléments séparatistes du Polisario. Ce n’est plus un État, mais une annexe du système de la déstabilisation des pays.

Si ce régime tombe, et l’Histoire le dit, tôt ou tard il disparaîtra, si le système des mollahs se dissout dans le sable, ce sera d’abord une victoire d’un peuple contre une dictature intolérable. Ensuite, ce sera un désaveu de l’islam politique, celui utilisé comme une idéologie pour arriver au pouvoir et pour s’y maintenir.

«Cette «ploutocratie» entêtée, sûre d’elle et de ses fondations, ancrée dans une mythologie cléricale anachronique, n’a que la mort à opposer aux manifestants et les morgues sont remplies d’innocents tombés sous les balles de la brutalité. »

—  Tahar Ben Jelloun

C’est Khomeiny qui avait dit, en arrivant en 1979 à Téhéran, que «l’islam est politique ou il n’est pas». Grave déviation. Presque un demi-siècle plus tard, ce choix s’est avéré désastreux, dictatorial, antipopulaire et surtout allié du terrorisme revendiqué et attribué à une jeunesse courageuse qui s’est battue pour pouvoir vivre libre.

Si ce régime s’écrase comme une fausse valeur, ce sera la fin de l’islam politique, celui qui remplace les constitutions et les valeurs démocratiques.

L’islam doit être respecté, célébré dans l’intimité, mis hors des contextes politiciens. L’islam est une religion qui unit et qui atteste la valeur de la foi et de la spiritualité telles qu’elles sont décrites dans la Sira du Prophète et de ses compagnons. Il ne peut être une échelle pour atteindre le pouvoir.

Ce n’est pas la première fois que le peuple iranien sort dans la rue protester contre cette dictature. À chaque fois, l’armée répond en tirant sur la foule à balles réelles. En 2024, on a compté un millier de jeunes gens arrêtés pour avoir manifesté, condamnés à mort et exécutés publiquement.

On assiste à un crime commis en huis-clos. Les moyens de communications –internet– ont été fermés. Des images nous parviennent malgré tout. Le cynisme des ayatollahs consiste à ouvrir quelques instants internet, ce qui permet aux manifestants de communiquer le lieu et l’heure de leur rassemblement, puis une fois informé et, après avoir éteint internet, il donne libre cours au carnage.

Quelle que soit l’issue de cette révolte pour le moment sidérée par tant d’assassinats, la république islamique d’Iran aura atteint l’indignité et l’illégitimité. Tôt ou tard, elle devra disparaître et ses mollahs devront être jugés pour les nombreux crimes qu’ils ont commis. Cette «ploutocratie» entêtée, sûre d’elle et de ses fondations, ancrée dans une mythologie cléricale anachronique, n’a que la mort à opposer aux manifestants et les morgues sont remplies d’innocents tombés sous les balles de la brutalité.

Il n’y a rien à espérer de ce régime. Seul le peuple iranien est capable de faire tomber ce système criminel et de le juger publiquement.

Le Maroc a eu raison de renoncer à tout lien avec ce régime impopulaire qui commet des crimes au nom de l’islam.

Un dernier point du cynisme de ce régime: les familles qui veulent récupérer le corps des victimes, doivent payer une somme d’argent en fonction des balles reçues. Au chagrin de la perte et au deuil impossible, les Mollahs se font de l’argent sur les cadavres. Honte à eux!

Par Tahar Ben Jelloun
Le 02/02/2026 à 11h00