Turquie, Russie et Iran: rendez-vous à Doha pour sortir du chaos syrien

Un portrait criblé de balles du président syrien Bashar al-Assad ornant le bâtiment de la municipalité de Hama

Un portrait criblé de balles du président syrien Bashar al-Assad ornant le bâtiment de la municipalité de Hama. AFP or licensors

La Turquie retrouve samedi à Doha la Russie et l’Iran pour tenter de trouver une issue politique et pacifique en Syrie et éviter le chaos à ses portes.

Le 07/12/2024 à 07h00

Les trois pays, qui délèguent leurs ministres des Affaires étrangères, sont partenaires depuis 2017 du processus d’Astana initié pour faire taire les armes en Syrie, sans être pour autant alignés du même côté du champ de bataille.

Moscou et Téhéran ont volé au secours du président Bachar al-Assad et l’ont aidé militairement à écraser l’opposition, quand Ankara, sans être impliqué directement sur le terrain, observe avec bienveillance les progrès des mouvements rebelles.

«Pour Ankara, le changement de l’équilibre des forces en Syrie représente à la fois une opportunité et un risque», résume Hamish Kinnear, analyste au cabinet de conseil Verisk Maplecroft.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a appelé cette semaine Assad à «se réconcilier avec son peuple», a «souhaité» vendredi que «l’avancée des rebelles se poursuive sans incident», sans omettre de citer ouvertement leur «objectif, Damas», après Alep et Hama.

Au centre de l’équation, plus de 900 km de frontière entre les deux pays et près de trois millions de Syriens réfugiés en Turquie.

Pour l’heure, «le rôle précis de la Turquie dans la situation (actuelle) demeure l’objet de spéculation», écrit Ömer Özkizilcik, chercheur associé à l’Atlantic Council à Ankara. «Mais ce qui est sûr, c’est que sans être directement impliquée, la Turquie a donné son feu vert à l’offensive», ajoute-t-il.

«Relations compliquées»

Par ailleurs, a-t-il expliqué à l’AFP, le gouvernement turc était au courant des préparatifs même si ses relations sont traditionnellement «compliquées» avec le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui mène la charge à travers la Syrie.

L’essentiel pour la Turquie «est la stabilité en Syrie et une zone de sécurité vers laquelle les réfugiés syriens puissent retourner», relève Gönul Tol, directrice Turquie du Middle East Institute à Washington.

Dans cet objectif, estime-t-elle, la Russie et Erdogan pourraient chercher à «promouvoir un gouvernement de transition, sans Assad mais avec certains éléments de son régime et de l’opposition».

Ces derniers mois, la main tendue de M. Erdogan à son voisin et même son invitation à le rencontrer étaient restées lettres mortes, le président Assad exigeant en préalable le retrait des forces turques du nord-ouest de la Syrie, déployées pour lutter contre les combattants kurdes.

Vladimir Poutine, juge-t-elle, s’est irrité de ce manque de réponse du président syrien.

Un vide favorable au chaos

Mais «Erdogan ne prône plus le renversement du régime d’Assad qui créerait un vide dont pourraient profiter l’EI (le groupe Etat islamique, NDLR) et les groupes kurdes», reprend Mme Tol.

«Assad a réussi à irriter tout le monde, y compris les Iraniens, les Russes et les Turcs, parce qu’il traîne les pieds dans les efforts pour parvenir à des accords avec la Turquie et les autres», souligne-t-elle.

L’Iran a pour sa part noté le manque de soutien de Bachar al-Assad après la mort du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, qui avait volé à son secours. Aussi Téhéran serait sans doute prêt à négocier avec une nouvelle équipe, juge Gönul Tol.

Sinan Ülgen, chercheur associé au centre Carnegie Europe à Ankara, s’interroge: «si la Russie et l’Iran souhaitent toujours soutenir la Syrie, en ont-ils encore la capacité?».

La réunion de Doha pourrait sceller le sort du président Assad, estiment les experts. Avec à la manoeuvre, face au ministre russe Sergueï Lavrov, le patron de la diplomatie turque Hakan Fidan, fidèle du chef de l’Etat et ancien patron des services de renseignements turcs.

«Hakan Fidan connaît le dossier syrien, le terrain et surtout tous les acteurs: les Etats mais aussi les groupes armés et milices en présence», assure Sinan Ülgen.

Il a notamment reçu cette semaine son homologue iranien Abbas Araghchi, qui s’est rendu à Ankara après un passage à Damas.

Par Le360 (avec AFP)
Le 07/12/2024 à 07h00

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C’est la fin du clan al Assad. Quant à son régime, il pourrait survivre en tant que future formation politique d’un possible futur gouvernement à la libanaise; mais à condition que des têtes tombent pour donner un semblant de justice pour les massacres commis contre la population syrienne depuis 2011. Les Turcs et les Iraniens eux ne souhaitent pas l’éclatement de la Syrie, par peur de voir les Kurdes en profiter et faire valoir leur projet d’un Etat indépendant. On parle du «grand Kurdistan» qui inclurait des territoires syriens, turcs, irakiens et iraniens. Pour les Russes, à part le fait qu’ils n’ont plus les moyens de continuer à aider le régime al Assad, leur «mainlevée» sur celui-ci serait conditionnelle d’un réchauffement avec l’Occident et cession de territoires Ukrainiens.

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