Le paysage politique mondial, et particulièrement celui du Maroc, connaît une transformation profonde. Les grandes idéologies structurantes du XXème siècle, autrefois piliers des dynamiques politiques, ont progressivement perdu de leur influence, cédant la place à des approches plus pragmatiques centrées sur la gouvernance et l’efficacité des politiques publiques. Cette évolution s’accompagne d’un affaiblissement des figures politiques classiques, qui dominaient traditionnellement la scène, au profit de modèles de gouvernance plus collégiaux et participatifs au sein des partis.
Le Maroc n’échappe pas à cette évolution. La crise de confiance envers les partis politiques impose une refonte de leurs modes de fonctionnement afin de répondre aux attentes d’une société marocaine en quête de transparence, d’inclusion et d’efficacité. Dans ce contexte, le 5ème Congrès national du Parti authenticité et modernité (PAM), tenu les 9 et 10 février 2024 à Bouznika, a fait le choix d’instaurer une direction collégiale du secrétariat général.
Cette nouvelle configuration, incarnée par un triumvirat composé de Fatima Ezzahra El Mansouri, Mohammed Mehdi Bensaid et Salaheddine Aboulghali (remplacé ultérieurement par Fatima Saadi, ex-secrétaire générale du parti sous le mandat de Abdellatif Ouahbi), a été saluée par Sa Majesté le roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste. Dans son message de félicitations, le Souverain a souligné la «pertinence de l’émergence d’une configuration visant à instaurer une gouvernance organisationnelle [...] et à consacrer le positionnement du parti parmi les formations sérieuses, engagées dans le projet national démocratique et de développement».
Au-delà de son caractère inédit, cette évolution illustre également l’importance croissante du leadership féminin dans la sphère politique, incarnée par Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de cette direction. Un an après, quel bilan tirer de cette expérience? La direction collégiale a-t-elle tenu ses promesses ou s’agit-il d’un simple ajustement organisationnel?
Historique des expériences de direction collégiale au Maroc
Si la direction collégiale n’est pas une nouveauté dans l’histoire politique marocaine, elle a toujours été adoptée comme un palliatif temporaire face à des situations exceptionnelles, qu’il s’agisse de la fusion de partis, de la disparition d’un secrétaire général ou de la période d’attente précédant un congrès. Contrairement aux autres formations politiques qui y ont eu recours pour gérer des périodes d’incertitude avant de revenir à une gouvernance centralisée, le PAM en a fait un principe de gouvernance pérenne.
L’Union nationale des forces populaires (UNFP), de sa création en 1959 jusqu’en 1975, fonctionnait sous un régime collégial avant d’opter pour un premier secrétaire sous feu Abderrahim Bouabid. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) a connu un épisode similaire en 2007, avec une gestion collective mise en place après la démission de Mohamed El Yazghi, avant de revenir rapidement à un mode de gouvernance centralisé. Le Mouvement populaire (MP), à plusieurs reprises, notamment en 1987 et 2003, a instauré une direction partagée, mais toujours dans une logique transitoire. L’Union constitutionnelle (UC) a également expérimenté la présidence tournante après la disparition de son fondateur Maati Bouabid, avant de désigner un nouveau secrétaire général, ou encore avec le Parti de l’avant-garde démocratique socialiste (PADS) depuis sa création en 1993 et jusqu’à 2004.
Le PAM, quant à lui, revendique une rupture assumée en intégrant ce modèle dans ses statuts. Inspirée de diverses expériences internationales, cette approche privilégie une prise de décision concertée. Elle répond à une double exigence: instaurer un équilibre institutionnel et rationaliser la gestion du parti, dans un souci de transparence et d’efficacité.
Un an après?
Dès sa mise en place, la direction collégiale a engagé des réformes de fond pour moderniser le fonctionnement du parti et insuffler une nouvelle dynamique.
L’un des premiers chantiers a été l’adoption, lors de la 28ème session du Conseil national, de la charte d’éthique, en réponse à l’appel de Sa Majesté le roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, dans son message adressé au Parlement à l’occasion du 60ème anniversaire de sa création. Cette charte vise à encadrer les pratiques internes du parti et à fixer des principes de gouvernance. En complément, l’activation de la commission d’arbitrage et d’éthique a permis de renforcer la discipline interne, en instaurant un mécanisme de régulation efficace contre les comportements contraires aux engagements du parti.
Pour assurer son application, la commission d’arbitrage et d’éthique a été activée, menant des actions à l’encontre de certains responsables du parti en cas de manquement, notamment dans le cas de Salaheddine Aboulghali.
En 2022, Salaheddine Aboulghali a cédé un bien immobilier situé dans la commune de Médiouna à Abderrahim Bendou, militant et parlementaire du parti (région de Casablanca-Settat). Salah Eddine Chinguetti, député du parti et notaire, a été chargé de la rédaction du contrat de promesse de vente. Cependant, en mai 2024, Abderrahim Bendaou a été surpris d’apprendre que le bien avait été vendu à une tierce personne, membre du PAM.
Après plusieurs tentatives de médiations sans succès, l’affaire a été portée devant le bureau politique, qui a décidé de suspendre temporairement Salaheddine Aboulghali en vertu de l’article 106 du règlement intérieur et de transmettre le dossier à la commission nationale d’arbitrage et d’éthique. À l’issue de cette procédure, la commission a prononcé son exclusion lors de la 28ème session du conseil national, afin de préserver l’image du parti face aux accusations susceptibles de nuire à sa crédibilité.
La candidature de Fatima Saadi a été présentée au vote par les membres présents du conseil national du parti, et a obtenu un vote à l’unanimité. Ceci illustre la souplesse du modèle de gouvernance de la direction collégiale et sa capacité à répondre aux imprévus en toute transparence et équité.
Parallèlement à cette dynamique de gouvernance, le PAM a mis l’accent sur le développement des compétences internes et la formation de ses cadres. La création de l’Académie politique du PAM s’inscrit dans cette perspective, en offrant un espace de formation et de réflexion destiné aux adhérents et aux futurs responsables du parti. Cette initiative a été complétée par l’organisation de la première édition de l’Université d’été du parti.
Sur le plan international, le PAM a renforcé son positionnement avec son adhésion à l’Internationale libérale, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de coopération avec des partis partageant les mêmes valeurs à travers le monde. Cette initiative vise à élargir les opportunités de partenariat et à inscrire le parti dans des dynamiques transnationales, en cohérence avec ses orientations politiques.
Enfin, dans une logique de projection à long terme, le parti a initié l’initiative «Jeel 2030», une plateforme de débat à l’échelle nationale visant à échanger sur l’avenir du Maroc et, plus particulièrement, sur les préoccupations des jeunes.
Dans un contexte général d’émergence du Maroc, aussi bien dans sa dimension intérieure que dans la projection de son soft power, le rôle des partis est plus que jamais vital. Le PAM a prouvé sa capacité à être pionnier dans plusieurs domaines accompagnant l’essor de notre patrie: une participation intense et dynamique à la vie de la nation, à tous les échelons territoriaux d’une part, et son engagement dans la diplomatie parlementaire et les partenariats renforcés avec nos interlocuteurs de la société civile mondiale, d’autre part, contribuant à la défense du pays et de ses intérêts. Avec la direction collégiale, cette vitalité du PAM ne peut que croître, multipliant les possibilités de dialogue et la souplesse des échanges, avec tous les partenaires, étrangers comme nationaux.
Par ailleurs, la direction collégiale résonne avec la culture démocratique, qui est à l’origine du parti, et qui est de plus en plus ancrée chez ses membres. Ce n’est pas seulement au niveau de la direction, mais dans toutes les composantes du parti, ses organisations parallèles et ses sections, que ces pratiques privilégiant la collégialité, les procédures transparentes et le refus de la personnalisation de l’autorité, devront être encouragées. Loin d’être un simple ajustement organisationnel, cette réforme structurelle pourrait bien redéfinir les standards de la gestion partisane au Maroc. En inscrivant la direction collégiale dans ses statuts, le PAM a ouvert une nouvelle voie, qui pourrait inspirer d’autres formations politiques. Ainsi, le parti se positionne comme un véritable laboratoire de la démocratie interne.
Enfin, le PAM se considère comme un vecteur de développement: l’écoute permanente du terrain, les échanges avec les citoyens, membres, sympathisants, ou autres, et la collégialité dans l’élaboration des programmes et la mise en pratique des solutions sont devenues des impératifs, à la fois en termes d’efficacité et d’éthique. Et ce, en alignement avec les recommandations du Nouveau modèle de développement, cette approche se fonde sur la co-construction et l’intelligence collective, qui sont des leviers pour notre développement national.
Un an après, la direction collégiale a su s’imposer comme une alternative crédible au sein du paysage politique marocain. Le test des années à venir, l’échéance électorale de 2026, permettra d’évaluer pleinement sa portée, ainsi que son influence sur la mobilisation des électeurs et l’image du parti.
Une chose est certaine: le PAM a franchi un cap décisif dans sa maturation politique.
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