Tous les articles correspondant à #roman

Billet littéraire KS. Ep 76. «Les cailles en automne», de Naguib Mahfouz, ou la solitude d’un vaincu
Que devient un homme lorsque l’Histoire détruit le monde auquel il appartient? Dans «Les cailles en automne», roman publié en arabe en 1962 et aujourd’hui édité en français par Actes Sud, Naguib Mahfouz raconte la lente déchéance d’Issa al-Dabbagh, haut fonctionnaire cairote déclassé par la révolution de 1952 et livre une réflexion philosophique éblouissante sur la destinée humaine.
«IMMA, une femme improbable»: mémoire, modernité et émancipation dans le nouveau roman d’Abdellah Ben Mlih
Dans ce texte signé Mohamed Métalsi, ancien directeur culturel de l’Institut du monde arabe (IMA) et fin connaisseur du patrimoine marocain, la parution du roman «IMMA, une femme improbable» d’Abdellah Ben Mlih est analysée comme une œuvre mêlant héritage culturel, réflexion sociologique et interrogation sur les mutations de la société marocaine. À travers la figure d’Imma, l’auteur interroge la capacité d’une société à se transformer sans se renier et nous invite à repenser la place de la mémoire, de la femme, de la tradition et de la modernité dans nos sociétés.
Parution. «La Résidence» de Laurent Crassat, ou la fabrique intime de l’empire français
Ni roman pur, ni simple essai historique, «La Résidence» explore les conquêtes du Maroc et de l’Algérie à travers les coulisses humaines de l’Histoire. Laurent Crassat y oppose deux modèles coloniaux — l’annexion brutale en Algérie, le protectorat encadré au Maroc — en faisant dialoguer salons feutrés, lettres secrètes, regards d’artistes et décisions d’État. Une fresque où l’alcôve précède le canon, et où la «résidence» devient le symbole d’un pouvoir qui s’installe.
Parution. «Pigiste au Monde» de Tahar Ben Jelloun: chronique d’une initiation
C’est l’histoire autobiographique d’un jeune Maghrébin arrivé en France, entrant avec crainte et admiration dans les couloirs enfumés du quotidien «Le Monde». Entre souvenirs lumineux et blessures tenaces, Tahar Ben Jelloun livre une traversée de près de quarante ans, où la subjectivité assumée fait basculer l’institution dans le romanesque et la mémoire personnelle dans l’histoire collective.
Billet littéraire KS. Ep. 75. «Café noir», recueil de nouvelles collectif, ou le polar revisité
Neuf nouvelles, neuf pays, un même goût du noir. Dans «Café noir», le polar devient un outil d’exploration sociale et politique, révélant les fractures intimes, les violences ordinaires et les désillusions contemporaines. Une anthologie internationale qui détourne les codes du genre pour mieux interroger le monde.
Billet littéraire KS. Ep. 73. «Quatre jours sans ma mère», de Ramsès Kefi, ou la quête des origines
Une mère disparaît sans bruit, laissant une casserole sur le feu et un mot d’amour en guise d’adieu provisoire. En quatre jours d’absence, ce premier roman de l’écrivain franco-tunisien Ramsès Kefi fait vaciller un fils adulte resté enfant, un père démuni et tout un édifice familial bâti sur le silence. Court et dense, ce texte drôle et bouleversant explore la dignité invisible des mères, la fragilité des hommes et la quête tardive d’une identité façonnée par l’exil et les non-dits.
Billet littéraire KS. Ep. 72. «Partout le même ciel», de Hajar Bali, ou les désillusions algériennes
Hajar Bali signe un roman d’apprentissage et de désillusion où l’intime se heurte de plein fouet à l’Histoire. À travers le destin de deux adolescents épris de liberté et la figure énigmatique d’un mentor en quête de rédemption, l’auteure capte l’élan, l’ivresse puis l’échec du Hirak, et dresse le portrait sensible d’une génération algérienne réveillée trop tard, condamnée à choisir entre l’exil et l’étouffement.
Billet littéraire KS. Ep. 71. «Je suis ma liberté», de Nasser Abu Srour, sacré par le Prix de la littérature arabe 2025
Le Prix de la littérature arabe 2025, coorganisé par la Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe, a choisi cette année de consacrer un texte singulier et bouleversant: «Je suis ma liberté» du palestinien Nasser Abu Srour, traduit en français par Gallimard en janvier 2025. Pourquoi ce choix et en quoi ce récit régénère-t-il la littérature?
Billet littéraire KS. Ep. 70. «Le coiffeur aux mains rouges», de Kebir Mustapha Ammi, ou par-delà le Mal
Dans son dernier roman, Kebir Mustapha Ammi transforme un simple face-à-face en tragédie mémorielle où la guerre d’Algérie continue de tuer, soixante ans plus tard, par-delà les frontières et les générations. À Arcueil, sur la Nationale 20, un fils de bourreau retrouve enfin le fils de la victime: deux hommes que tout sépare, sauf le sang versé en 1962 et la plaie béante d’un crime fondateur. Entre vengeance et pardon, justice et remords, Ammi signe un polar politique hanté par la transmission du trauma.
Billet littéraire KS. Ep. 69. «Ils se sont tant aimés», de Tahar Ben Jelloun, ou l’amour à l’épreuve du temps
Roman des secondes chances et des vies abîmées, «Ils se sont tant aimés» explore la possibilité d’aimer encore quand la jeunesse s’est enfuie et que le passé pèse davantage que les élans. En suivant Lamia et Nabile, qui se retrouvent des années après leur divorce dans une Casablanca moderne mais guindée, Tahar Ben Jelloun signe un récit tendre, grave et lucide, où l’intime devient miroir d’un Maroc urbain traversé par les contradictions sociales, morales et politiques de son époque.