Après nous, le déluge

Zineb Ibnouzahir

Zineb Ibnouzahir . Achraf Akkar

ChroniqueIn fine, à la prochaine rentrée scolaire, ce seront nos enfants qui subiront les conséquences de notre incivisme. Et malheureusement, les inégalités sociales aidant, nous ne seront pas logés à la même enseigne.

Le 23/08/2020 à 17h23

Le dernier discours du Roi Mohammed VI prononcé à l’occasion de la fête de la Révolution du Roi et du peuple a confirmé nos craintes. Le laisser-aller des Marocains a fait la peau aux efforts déployés depuis le début de la pandémie par le pays pour enrayer la propagation du virus.

Principalement pointé du doigt, l’incivisme qui mine notre société. En dénonçant cette tare qui nous caractérise dans notre ensemble, on se fait généralement alpaguer par ceux qui prétendent que le manque de civisme n’est pas le problème. Que ce sont plutôt les défaillances de l’Etat qui ont causé ce grand n’importe quoi dans lequel nous baignons en ce moment. Que c’est la faute de ce pays qui a sacrifié l’éducation nationale sur l’autel d’autres intérêts.

Pourtant, le civisme, synonyme de patriotisme, on nous l’apprend à l’école. Il fut un temps, pas si lointain, où le civisme commençait avant l’heure de classe, dans la cour de récréation, quand tous, en tabliers d’écoliers, chantions l’hymne national, alors que l’un d’entre nous hissait le drapeau. Autant dire que celui qui était désigné, ce matin-là, vivait cela comme un honneur et un grand privilège. Mais au-delà de ce rituel très matinal, il était aussi question, pendant nos cours de morale, du respect dû à nos proches, aux autres, aux institutions, à la Nation dont nous faisons partie…

Ce civisme qui nous fait visiblement défaut aujourd’hui c’est «le dévouement envers la collectivité, l'Etat, et à la participation régulière à ses activités, notamment par l'exercice du droit de vote», nous rappelle une définition du Larousse. Nous reconnaissons-nous vraiment dans la définition de ce dictionnaire français de référence?

Quoique l’on puisse en penser, la réponse est bel et bien non, et se confirme à la seule lecture du mot «dévouement». La collectivité a laissé place à l’individu et l’intérêt personnel, en tout égoïsme, passe aujourd’hui au-dessus de l’intérêt de tous. L’Etat, on s’en méfie comme de la peste et on passe notre temps à coudre de fils blancs des scenarii complotistes dont on serait les principales victimes. Alors lui rendre service en participant à ses activités, très peu pour nous. Quant au droit de vote… Pourquoi faire? De toute façon, ils sont tous corrompus, les gens qui occupent le pouvoir, c’est bien connu.

Il a suffi d’une journée de déconfinement pour qu’on assiste au retour en force des plus bas instincts des uns et des autres. En témoigne l’état déplorable dans lequel se retrouvent les plages chaque jour, croulant sous les ordures que des personnes manquant de sens du civisme laissent derrière elles. Fort heureusement, leur accès est maintenant interdit. Il aura donc fallu en arriver à une nouvelle interdiction pour pouvoir contrer nos bas instincts et notre égoïsme. C’est donc à cela que nous en sommes réduits? A être un peuple irresponsable, qui ne réagit qu’aux interdictions et qu’aux menaces?

Les manquements de l’éducation nationale sont-ils vraiment le problème, quand même l’élite du pays, scolarisée dans des écoles étrangères, ayant passé un bout de sa vie à l’étranger, affiche sans gêne son incivisme? Cet incivisme ne serait-il pas, en fait, le reflet à d’autres maux bien ancrés dans nos mœurs?

Il y a l’arrogance de celui (ou celle) qui se croit au-dessus des lois, que l’on reconnaît à sa manie de passer devant tout le monde dans la queue, à son besoin frénétique d’allonger un petit billet sous la table, à sa propension à prendre tous les serviteurs de l’Etat pour ses propres employés. «Jette ton papier par terre al hbib diali, ils sont là pour ramasser», enseignent-ils déjà à leurs gosses.

Il y a l’assurance de celui qui pense être plus intelligent que les autres en contournant les lois et qui veille lui aussi à bien inculquer sa science à ses enfants dès leur plus jeune âge. Il y a l’égoïsme de celui qui ne voit pas pourquoi il devrait payer des impôts sur ses revenus, vu que l’Etat ne fait rien pour lui… Mais qui est le premier à pester contre les infrastructures qui tombent en ruine.

Il y a celui qui considère que son pays est un pays du tiers-monde et qu’à ce titre, il ne mérite pas qu’on se fatigue pour lui. Chez ce spécimen en particulier, le Maroc, où il vit pourtant, fait toujours l’objet de critiques sans fins, de comparaisons -pourtant inutiles- avec ces pays occidentaux qui sont tellement plus évolués. Alors, on ne paie pas le syndic, mais on réclame de la propreté. On blâme ce pays qui ne fait rien pour ses citoyens, mais ça ne nous empêche pas de vivre dans une villa cossue.

Il y aussi celui qui n’a pas hésité une seconde à profiter de l’aide sociale attribuée aux personnes en difficultés pendant le confinement, alors même qu’il n’en a pas besoin, et habite dans une villa de luxe. Pour lui, c’est une question de principe, de vengeance froide, une manière de dire «fuck the system».

Il y a celle qui n’envisage pas sa vie sans la présence d’une femme de ménage à demeure, mais qui ne comprend pas pourquoi elle devrait payer des charges sociales pour l’employer. Après tout, «ces gens-là n’ont pas besoin de ça».

Il y a aussi cet anarchiste du dimanche, qui aime à déverser son savoir complotiste entre deux verres de sky, arguant que les lois c’est pour les moutons, et les masques pour les crédules. Pour ce fhamator qui aime étaler son savoir sur la toile, obéir, c’est capituler.

Des exemples comme ceux-là, il y en a à la pelle… Autant de témoignages d’un nivellement par le bas de notre société, et d’une croyance profondément ancrée, selon laquelle le civisme est une forme d’abdication à l’ordre établi, un acte de soumission à un système qu’on a visiblement du mal à accepter.

In fine, à la prochaine rentrée scolaire, ce seront nos enfants qui subiront les conséquences de notre incivisme. Malheureusement, les inégalités sociales aidant, nous ne serons pas logés à la même enseigne. Tout le monde n’aura pas les moyens de s’équiper d’un ordinateur, d’une connexion, voire d’un prof particulier, pour poursuivre sa scolarité normalement.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 23/08/2020 à 17h23

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Il y a l'école où on apprend les bonnes choses et la contre-école où on en apprend les mauvaises.Il se trouve que c'est cette dernière qui a actuellement le monopole.Il faut redonner à la véritable école sa place dans la société et l'on verra de très bons citoyens.Victor Hugo l'a bien dit:"Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne."Il veut dire que chaque humain qui passe par une bonne école parentale ou sociétale sera plus tard un bon citoyen.Bien à vous.

Le problème est LOIN d’être uniquement une histoire de civisme ! … SVP ! Un prince et un Chef de Gouvernement, dans un Pays réputé civilisé, ont été touchés par le Virus ! … Les Experts sont d’accord pour dire que le virus risque de rester parmi nous longtemps, mais heureusement il perd de sa virulence … Le confinement risque de ne plus être une solution ! Le port du masque aussi ! Les mauvaises utilisations des masques risquent d’être plus dangereuses … Un compromis doit être trouvé et rapidement, les exemples ne manquent pas à l’échelle Internationale ! Merci

Franchement, il y en a assez de ce type de discours. Un, l'epidemie reprend partout dans le monde, et nous ne sommes pas une exception. Alors tout mettre sur le dos de l'incivisme des gens, c'est un peu court...Deux, posez vous les vraies questions: pourquoi certaines personnes ne respectent pas les consignes donnees. Trois possibilites: a) ils ne font pas/plus confiance aux gens qui leur donnent des instructions; ou b) ils n'estiment pas ces mesures raisonnables ou applicables ou c) il y a un probleme de comprehesion des consignes. Dans ces trois cas, juste cracher au visage des gens en les accusant d'incivisme permet d'eviter de pointer les vraies responsabilites. Par exemple, pourquoi on ne peut pas se faire tester facilement et prix bas plus de 6 mois apres les 1ers cas?

Chere dame ,votre plume ,plus tot votre stylo a éxprimé ce que ressent tout ancien élévé qui est passé par votre curseur scolaire,période ou' la morale était une matière enseignée et pratiquée ,alors que depuis un certain temps on vit un laisser aller qui a donné une amorale qui se permet les plus abjectes des conduites;il suffit de voir comment se coiffent les jeunes,on dirait des fous sortis d'un asile ,et le pire c'est la complicité par le silence de leurs parents qui ont présenté leur démission quant à l'éducation de leurs enfants ;par conséquent on se pose alors la question :ou va nous mener ce laisser aller et cette démission des parents qui opté pour cette attitude passive qui va nous mener droit au mur

Bonsoir Madame Zineb Ibnouzahir. John Fitzgerald Kennedy, fraichement élu Président des Etats-Unis, disait aux américains dans son discours d'investiture le 20 janvier 1961:"Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.". Tout le monde est responsable et l'anarchie s'installe partout quand la responsabilité n'est nulle part. L'éducation, c'est la famille qui la donne; l'instruction, c'est l'état qui la doit, disait Victor Hugo. Cordialement.

La réponse à ta question se trouve dans le 16e siècle et a pour nom : la Renaissance. Pour ce qui est du sujet, on sait que l'état s'est désisté de ses obligations envers les citoyens: éducation, santé, sport...

J'ai vu des policiers sans masque. L'un de ceux-cis m'a même demandé de mettre le mien que j'avais oublié ...

Bonjour Zineb , Je découvre à l'instant vos chroniques . Fascinée par la justesse de vos propos du jour , je n'ai pu que lire les précédentes et je me suis régalée. Quel oeil , quelle plume ! Merci En espérant que vos lecteurs seront de plus en plus nombreux.....

Si une communauté souffe de maux majeurs, c'est qu'il ya bien des causes derrière, toutes nos énergies doivent se concentrer pour dignostiquer la situation pour l'évaluer et apporter reflexions et solutions...nous savons assez sur nos états lamentaux, il faut maintenant et urgemment corriger ..à commencer par la seule question suivante:" qu'a-t-il connu l'occident de si mysterieux pour avoir valorisé l'humain rien que l'humain!" Car les résultats en terme de civisme et de justice frappent aux yeux?(sans pencher svp vers les exceptions et le complotisme, bref sans hors-sujet.) Je vous laisse le soin d'y répondre.

Apparemment, vous ne m'avez Pas compris.Merci pour votre réponse.

Ce n'est pas une question de "cerveaux ", c'est une question de volonté politique . Des femmes et des hommes qu'il faut à la place qu'il faut.Dans sa dernière chronique, Foud Laroui parlait de l'enseignement de la philosophie auquel il faut adjoindre la redécouverte de la littérature et des sciences ,c'est dans ce sens qu'il faut voir la renaissance ainsi que les réformes qui l'ont accompagnée.

Merci Monsier. N'avons - nous pas des cerveaux capables de nous faire renaître? A juste commencer par accepter la DIFFERENCE et la protéger en rejetant et banissant notre hypochrisie ( un mal absolu) sociale qui est sans valeurs ,ni justice.il faut juste qu'on soit clairs les uns envers les autres!

La réponse à ta question se trouve dans le 16e siècle et a pour nom : la Renaissance. Pour ce qui est du sujet, on sait que l'état s'est désisté de ses obligations envers les citoyens: éducation, santé, sport...

Merci Zineb pour vos belle chroniquesque je lis de l'étranger. Je suisdans vogtre ligne depensée toutcomme Omar et Khlaled Maloum. Je trouve que le gouvernement marocain est tout à fait louable dans sa prise en compte de cette pandémie et je le félicite. Il est sans cesse obligé de revoir sa politique à cause de l'évolution, évolution directement liée à la conduite des marocains. Une grande partie du peuple marocain a fait de gros efforts et de très gros sacrifices pour aller dans le sens de son gouvernement, Mais une autre partie d'incultes, imbéciles, écervelés, bien-pensants et quelques cupides ont détruit tous ces efforts. Criminels ils sont. J'estime pouvoir parler car je suis une retraitée française qui suis obligé d'aider ma famille marocaine de coeur. Honte à l'incivisme.

A mon avis vous avez un peu trop chargé ce peuple de tous les tares. pourtant cet Etat a bien une responsabilité dans la situation? les chiffres du covid sont bien loin mm trop loin de la france ou autre pays mais nous avons un système de santé catastrophiaue. sans parler de l'éducation. Et pour ça ce peuple n'est nullement responsable!!!

Voilà le peuple marocain habillé pour longtemps. Une nouvelle fois. ça devient un sport ici d'habiller ce pauvre peuple. Soit. Il est habitué. Votre salmigondis d'exemples inconsistants ne prouve ni n'est justifié par rien : 1. Le virus Covid-19 est encore un mystère à 90% pour les scientifiques; 2. La pandémie est de retour et est attendue dans sa seconde vague partout en Europe, après l'Asie, l'Australie, le Golfe, Israël.... Pourquoi vous cherchez à charger le peuple marocain ? Selon les chiffres, le Maroc compte 850 morts depuis le 2 mars et à ce jour. C'est le chiffre quotidien des décès en France au moment du pic de la pandémie en avril, le plateau durant 15 jours. Le peuple marocain est responsable de l'état des systèmes judiciaire, sanitaire et éducatif ? Bla Bla Bla

@ça m'ira. Les trois derniers mots de mon commentaire sont adaptés pour réponse à votre contribution.

A vous lire, on a l'impression qu'y a deux "peuples marocains" ,comme si l'élite dirigeante et élue est empruntée à autrui! Nous tous responsables de ce que nous sommens et de ce que nous devenons !

Bonjour Tout à fait d accord avec votre analyse qui me semble cependant incomplète ; il nous manque la base : l’éducation ; à ce propos j ai été témoin de choses effarantes décrivant parfaitement nos tares: lors de mes voyages à l étranger j ai remarqué une chose: quand je vois une voiture stationnée à la place réservée aux handicapés , il s agit tout simplement d une voiture marocaine ou conduite par des marocains; en France ,il y a un slogan qui dit: si tu prends ma place,prends aussi mon handicap A bon entendeur !!!

Merci infiniment pour cette belle chronique . Néanmoins, l'auteur a omis de faire allusion à l'absence de l'autorité de l'état.Un absence qui risque de nous directement au chaos.

Chère Mme Ibnouzahir C'est avec grand intérêt que j'ai lu votre article et je vous en félicite. À a lecture de votre article qui décrit tellement bien la situation au Maroc, notemment et je cite, les cours d'éduction civique et morale, je crois qu'il serait grand temps que le ministre de l'enseignement rende obligatoire ces cours, aussi bien à l'enseigement primaire que secondaire comme au Canada. Vu la situation actuelle, il y a grand nombre de personnes qui croient que le discours ne les concernait pas ou ils comparent les chiffres de cas au Maroc avec ceux des USA par exemple et concluent qu'au Maroc la situation n'est pas dramatique à leurs yeux. Encore une fois merci Madame.

Tu as mis le doigt sur bon nombre de nos déficiences civiques...Mais sans te contredire, j ajouterais que les Marocains, en général, remettent leurs vies entre les mains de Dieu, en ce qui concerne le Covid-19...

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