Casablanca, 12h30. Au cœur de l’ancienne médina, Dar Nassij (Maison du tissage, Ndlr) respire la laine brute et les pigments naturels. Deux femmes sont à l’œuvre, chacune absorbée dans son propre monde de fils et de motifs, l’essence même des tapis de Mediouna.
À droite, Hanane Mirane ajuste les fils de son métier à tisser, concentrée sur son ouvrage. Face à elle, une autre femme noue avec soin des brins de laine colorés sur une trame déjà bien avancée. «Avant que le tissage ne commence, il faut d’abord apprivoiser la matière», dit-elle.
Une matière vivante, capricieuse, qui demande patience et sens du détail, confie Hanane: «On choisit toujours une laine de bonne qualité, parce qu’un tapis, c’est fait pour durer. Après la sélection, il faut la laver soigneusement. C’est une étape primordiale, on enlève toutes les impuretés, la poussière, les graisses naturelles. Ensuite, elle sèche à l’air libre, au soleil.»
Une fois sèche, la laine passe entre les mains des créatrices. Hanane saisit une poignée de fibres et commence à la carder, un mouvement précis et répétitif qui assouplit la matière. «Le cardage, c’est indispensable. Ça démêle la laine et la prépare au filage. Sinon, elle serait trop rêche, trop irrégulière», fait-elle savoir.
Vient ensuite le filage. «L’objectif est de transformer la laine brute en fils résistants, qui serviront ensuite à la trame du tapis. Le filage consiste à étirer et tordre les fibres de laine pour qu’elles s’enroulent sur elles-mêmes et forment un fil solide. Cette torsion permet de lier les fibres entre elles, évitant ainsi que le fil ne se casse ou ne s’effiloche», explique Hanane.
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Mais un tapis de Mediouna ne serait rien sans ses couleurs vibrantes. La teinture, opérée selon des méthodes traditionnelles, donne vie aux fils. Ocre, indigo, safran, rouge grenat… Autant de nuances obtenues à partir de pigments naturels. Une fois teintés, les fils sont à nouveau exposés au soleil, séchant lentement avant d’être intégrés à la composition du tapis.
Pendant que la laine repose, un autre travail de patience s’opère: la préparation du métier à tisser. «Cette imposante structure est l’ossature du tapis. Les fils de chaîne, tendus avec rigueur, tracent la trame sur laquelle viendra s’entrelacer la laine teintée. Et puis commence le cœur du processus: le tissage», montre Hanane.
Un tapis imprégné de l’âme de sa créatrice
Mouvements précis, gestes répétés, concentration absolue. Les artisanes entrelacent fils et motifs avec une dextérité héritée de générations. «Certains tapis de Mediouna suivent des dessins préétablis, d’autres se façonnent au gré de l’inspiration et de l’instinct de leurs créatrices», note l’artisane.
À quelques mètres d’elle, l’autre femme travaille en silence, concentrée sur son propre chef-d’œuvre. «Un tapis, une identité, un rythme propre. Ici, pas de fabrication en série. Chaque pièce est unique, fruit de semaines, voire de mois de travail», ajoute Hanane.
En déroulant un tapis, fraîchement confectionné, sur le sol, un sourire discret éclaire le visage de Hanane: «Quand un tapis quitte l’atelier, c’est toujours un moment particulier. On sait qu’il va partir ailleurs, dans une maison, dans un salon, peut-être même à l’étranger. Mais il gardera toujours un peu de l’âme de celle qui l’a tissée.»
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