Sous le soleil d’Agadir, le quartier de Bensergao veille encore sur les vestiges d’un passé glorieux. Ici, entre les ruelles calmes et les ombres des arganiers centenaires, plane l’histoire d’une terre où se croisaient autrefois marchands, érudits, saints et bâtisseurs d’avenir. Longtemps carrefour des caravanes commerciales empruntant la route Tindouf-Tata vers Essaouira, comme le rappelle Abdellah Jad, chercheur spécialisé dans la mémoire du quartier, Bensergao est aujourd’hui pris entre deux époques: celle de la mémoire et celle du changement.
Selon lui, l’origine du nom «Bensergaou» proviendrait du terme amazigh Sers Takawrt, qui signifie «pose-toi et assieds-toi». Il explique également que le quartier abritait autrefois une famille du nom d’Aït Oumansour, dont la maison aurait été bombardée par des navires français et allemands, d’après certains historiens. Les habitants de Bensergaou appartiennent principalement aux tribus Ksima et Mesguina.
Surplombant le quartier, le mausolée de Sidi Abdallah Mansour demeure l’un des rares sanctuaires à avoir résisté à l’usure du temps et à la pression urbaine. «Nous sommes ici devant l’un des derniers témoins de l’ancien Bensergao», raconte Mohamed Morbou, acteur associatif et culturel. «Ce mausolée, comme d’autres vestiges encore visibles, prouve que cette terre était jadis un haut lieu de spiritualité et de savoir», rappelle-t-il.
Mais au-delà des pierres, c’est aussi la nature qui témoigne du passé. Quelques arganiers, vieux de plusieurs siècles, tiennent encore tête aux immeubles. «Ces arbres sont là depuis plus de 200, voire 300 ans. Ils ont vu défiler des générations entières, des premiers bâtisseurs aux derniers conteurs de notre histoire», confie Morbou, le regard tourné vers ces géants enracinés dans la terre du Souss.
Bensergao n’est pas qu’un lieu, c’est aussi une terre d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire de la ville et du pays. Le quartier a vu naître des érudits comme l’imam Mohamed Ben Yahya, cité dans les écrits de l’historien Mohamed Mokhtar Soussi. Il a aussi été le berceau d’une pléiade de talents, allant d’artistes tels que Hamid Inerzaf et le groupe Oudaden, au mouvement scout (lkechfiya), l’une des plus anciennes associations du Maroc. Il a également vu éclore des universitaires, des cadres de haut niveau, des poètes tels qu’Abdellah El Houfi, et des écrivains comme Zahra Diker, contribuant ainsi au rayonnement culturel et scientifique du quartier.
Dans un autre registre, la politique a également puisé dans le vivier de talents de Bensergao. Jamila El Moussali, ancienne ministre a des racines ici et Abdellatif Ouahbi, actuel ministre de la Justice, y a passé une bonne partie de son enfance.
Le sport n’ est pas en reste. Mohamed Boutbib, ancien joueur du Raja d’Agadir et de l’équipe nationale, a fait ses premiers pas sur les terrains poussiéreux du quartier. «Bensergao a toujours été une pépinière de talents, mais peu ont eu la chance de voir leur potentiel pleinement exploité», regrette l’ex-joueur.
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Aujourd’hui, Bensergao tente de préserver son identité face à l’urbanisation croissante. Les bâtiments historiques disparaissent peu à peu sous les coups des bulldozers, les traditions s’effacent dans le tumulte du présent. «Notre quartier regorge de trésors, mais sans volonté politique, ils tomberont dans l’oubli», déplore Mohamed Boutehrai, un acteur de la société civile.
Les habitants, attachés à leur quartier et à son histoire, rêvent d’un renouveau. Ils imaginent un Bensergao où le patrimoine côtoie la modernité, où les vestiges sont préservés et mis en valeur. «Avec tout son potentiel, nous pourrions faire de ce quartier un joyau d’Agadir, à l’image des médinas de Fès ou de Chefchaouen», conclut Boutehrai avec espoir.
Mais pour cela, il faudra plus qu’un rêve. Il faudra des actions, des décisions, et surtout, une conscience collective de la richesse que renferme encore Bensergao, avant que son histoire ne devienne un simple souvenir.
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