Au cœur de la commune d’Oulad Sidi Abdelhakem, dans la province de Jerada, plus précisément dans la région d’Aïn-Béni-Mathar, une communauté d’éleveurs se confronte aux rigueurs de la nature tout en préservant un patrimoine unique: la race locale de moutons «Daghma» ou «Hamra», symbole d’authenticité et de qualité. Cette race, connue pour la finesse de sa viande, doit aujourd’hui faire face à des défis économiques, climatiques et de marché qui redéfinissent son avenir dans les pâturages de la région.
«Cette race est indigène, elle appartient à notre pays et témoigne d’un savoir-faire ancestral. Les archives coloniales françaises mentionnaient déjà ces troupeaux dans la région, preuve de leur importance historique», explique Belmiloud Ismaïli, éleveur de longue date à Aïn-Béni-Mathar.
«C’est une race exceptionnelle, très productive et résistante. Les agneaux, en plus, grandissent vite, ce qui nous permet de les vendre après seulement trois mois», continue-t-il. Mais aujourd’hui, la pérennité de cet élevage est en danger.
Cette race, aussi surnommée «Hersha», se distingue par sa robustesse et sa capacité à s’adapter aux conditions climatiques difficiles. «Nous avons toujours tout fait pour protéger cette race, car elle contribue de manière essentielle à l’économie locale», ajoute Ismaïli.
«Avant, nous pouvions compter sur des pâturages naturels suffisants, mais aujourd’hui, la sécheresse récurrente nous oblige à acheter du fourrage à des prix exorbitants», s’indigne Abderrahman Bourza, un autre éleveur de la région. Le coût de l’alimentation animale a en effet explosé ces dernières années, mettant en péril la rentabilité des exploitations.
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En plus du climat, les éleveurs doivent faire face à un accès limité à l’eau. La nappe phréatique s’appauvrit et les infrastructures hydrauliques locales sont insuffisantes pour répondre aux besoins croissants du secteur.
«Nous ne sommes pas aidés par le ministère de l’Agriculture ni par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (Anoc). Notre race locale n’est pas reconnue à sa juste valeur», regrette Ismaïli. «Nous avons traversé sept années de sécheresse, mais nous avons tenu bon et avons réussi à préserver nos troupeaux jusque-là, et nous sommes prêts à redoubler d’efforts si nous recevons un soutien institutionnel adéquat», renchérit Bourza.
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Pour Abderrahman Bourza, le soutien à cette race est un investissement stratégique pour l’avenir de la région. «C’est une opportunité unique de développer notre économie, de créer des emplois et d’atteindre l’autosuffisance alimentaire», souligne-t-il. Il espère même que ce soutien incitera les jeunes à revenir à ce métier traditionnel, garantissant ainsi la pérennité de l’élevage dans la région.
Face à ces défis, les éleveurs d’Aïn-Béni-Mathar s’accrochent à leur métier avec détermination. «Si rien n’est fait, nous risquons de voir disparaître une race emblématique de notre région. Ce serait une perte non seulement pour nous, mais pour tout le pays», conclut l’éleveur.
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