«Dar al-Maghrib» (suite et fin heureuse)

Fouad Laroui.

Chronique«Cher monsieur, vous êtes cordialement invité à l’inauguration de Dar al-Maghrib ce samedi en fin d’après-midi.» Tout finit par arriver.

Le 01/07/2026 à 11h00

Je ne sais plus qui disait qu’il n’y a rien de plus doux qu’un rêve qui se réalise. (C’était peut-être le grand philosophe Éric Cantona.) En tout cas, il y a du vrai dans cette pensée. J’en ai éprouvé la justesse samedi dernier lors de l’inauguration de Dar al-Maghrib à Amsterdam.

Coïncidence étonnante: j’avais consacré mercredi dernier mon billet hebdomadaire à cette question. Auto-citation: «Cela fait des années que j’alerte sur un fait curieux: le Maroc dispose à Amsterdam d’un très beau centre culturel, dans un quartier prestigieux, juste en face du zoo. La bannière chérifienne flotte au vent, un vigile musculeux veille au grain et l’on aperçoit à travers les vitres une belle fontaine en marbre blanc au milieu d’un patio à l’andalouse. Mais voici le hic: ce centre culturel n’a jamais ouvert ses portes.»

Et voilà que, le lendemain de la parution de cet article, notre sympathique et très compétent Consul général à Amsterdam m’appelle: «Cher monsieur, vous êtes cordialement invité à l’inauguration de Dar al-Maghrib ce samedi en fin d’après-midi.» Tout finit par arriver. Ou encore: tout est bien qui finit bien.

Ce fut une belle inauguration. La musique du Amsterdams Andalusisch Orkest– pas besoin de traduction, n’est-ce pas?– assura le côté high culture de la fête avant qu’un troubadour jovial ne vînt reprendre les classiques du chaâbi en obligeant l’ambassadeur lui-même à pousser la chansonnette– ce qu’il fit de bonne grâce.

«Dar al-Maghrib montrera à ce monsieur et à ses semblables que le Maroc dispose d’une grande variété de propositions culturelles, musicales, théâtrales, etc., ainsi que d’un riche capital humain, historique et artistique.»

—  Fouad Laroui

La réception qui suivit permit à la bonne société maroco-néerlandaise de se retrouver autour de divers plats représentatifs de la gastronomie marocaine.

- On reviendra au moins pour ça, me dit par manière de plaisanterie un membre néerlandais du Conseil municipal d’Amsterdam.

- Vous verrez, vous aurez bien d’autres raisons de revenir, lui rétorquai-je.

Comme je l’écrivais la semaine dernière, Dar al-Maghrib montrera à ce monsieur et à ses semblables que le Maroc dispose d’une grande variété de propositions culturelles, musicales, théâtrales, etc., ainsi que d’un riche capital humain, historique et artistique. Il faut maintenant mettre en valeur tout cela en nommant un(e) responsable qui serait ancré(e) à la fois dans la culture marocaine et dans la culture néerlandaise pour pouvoir servir de trait d’union entre les deux pays. J’ai d’ailleurs profité de la réception pour suggérer les noms de deux dames, l’une historienne, l’autre animatrice culturelle, dont le profil correspond parfaitement à cette exigence. On verra.

PS: Le même jour, quelqu’un m’appela du Maroc pour se dire scandalisé par des propos tenus par Ibrahim Afellay, l’ancien joueur de l’équipe nationale des Pays-Bas, qui est d’origine marocaine. J’ai vérifié ces déclarations, qui sont au nombre de deux:

  1. «Koeman (l’entraîneur néerlandais) n’a rien à craindre de cette équipe du Maroc.»
  2. «Pendant le match, je soutiendrai à 100% le Maroc.»

Ce qui est curieux, c’est qu’on ne semble avoir entendu que la première phrase, qui s’est révélée particulièrement stupide puisque Koeman lui-même a dit qu’il avait changé de système (5 défenseurs au lieu de 3) par crainte du Maroc… C’est une phrase d’analyste-télé– le nouveau métier d’Afellay– comme il y en a des centaines, plus ou moins judicieuses et qui sont vouées à un oubli rapide. Or, c’est la deuxième phrase qui exprime vraiment les sentiments profonds d’Afellay et de beaucoup de Maroco-Néerlandais. Et c’est cette phrase qu’on n’a pas relayée. Les réseaux sociaux déforment tout, hélas…

Par Fouad Laroui
Le 01/07/2026 à 11h00