Dès sa prise de pouvoir à Damas, le Souverain a adressé ses félicitations au nouvel homme fort de la Syrie. Cependant, en tenant compte de la complexité de la région et du nombre d’acteurs impliqués, y compris les grandes puissances, le Maroc a choisi la prudence jusqu’à ce que les positions des uns et des autres soient clarifiées. Et ce, bien que le Maroc ait toujours fait preuve de constance dans sa solidarité avec le peuple syrien et la défense de la souveraineté nationale.
«Le message de félicitations du Souverain à Ahmed Acharâa et l’appel téléphonique du ministre des Affaires étrangères à son homologue syrien soulignent la nécessité de ne pas agir précipitamment et de coordonner les positions avec les alliés, en particulier les États-Unis et les pays du Golfe, afin de prendre des décisions réfléchies et plus précises», affirme Abdelhafid Oualalou, président de l’Institut marocain des relations internationales, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Al Ayyam parus dans son édition en kiosque.
«Ce message royal indique que les accords progresseront favorablement, bien que cela nécessite du temps et des clarifications de la part de la nouvelle administration», poursuit-il. Qu’en est-il de la possibilité que les nouveaux dirigeants syriens modifient leur position concernant le conflit au Sahara?
Selon le spécialiste des relations internationales, «il est essentiel que la Syrie clarifie sa position concernant l’intégrité territoriale du Maroc avant que la diplomatie marocaine ne définisse une position plus précise et que l’ouverture d’ambassades, à Damas ou à Rabat, ne devienne une réalité».
La nouvelle vision du Royaume, qui conditionne ses relations avec les autres nations à la reconnaissance de son intégrité territoriale, rend cette situation évidente. Il est notoire que l’ancien régime syrien apportait son soutien aux thèses séparatistes, et ce, à tous les niveaux: politique, diplomatique et militaire, rappelle Abdelhafid Oualalou.
Personne ne conteste d’ailleurs, poursuit-il, la participation de soldats algériens et de mercenaires du Polisario à la répression du peuple syrien aux côtés de Bachar Al Assad. Aujourd’hui, «l’Algérie demande à Acharâa de lui livrer ces militaires et mercenaires, ce qu’il a refusé malgré l’envoi de son ministre des Affaires étrangères à Damas, preuve que la Syrie ne permettra plus à l’Algérie d’interférer dans ses affaires», note-t-il.
Quant au Maroc, poursuit le spécialiste, depuis le déclenchement de la révolution, «il n’est jamais intervenu dans les affaires syriennes, au même titre qu’il refuse que quiconque intervienne dans les siennes et exige qu’on respecte son intégrité territoriale».
Or, sous Hafed Al Assad, la Syrie a tenté de déstabiliser le Maroc en embrigadant des ressortissants marocains pour les remonter contre le régime monarchique, ce qui a conduit à des tensions entre les deux pays.
Aujourd’hui, tout a changé, note Abdelhafid Oualalou dans cet entretien. La nouvelle situation en Syrie nous dicte «de lui donner le temps nécessaire pour clarifier sa position sur la marocanité du Sahara».
Le spécialiste des relations internationales est convaincu que cette position renforcera la vision marocaine visant à tourner la page de l’ancien régime. Il estime que ce n’est qu’une question de temps et que Damas ne répétera pas les erreurs du passé.
D’autant plus, note le président de l’IMRI, que la priorité de la Syrie aujourd’hui est la levée des sanctions économiques imposées par les États-Unis et les Nations unies au régime de Bachar Al Assad, la réconciliation interne et la récupération de son siège au sein de la Ligue arabe. Le président Acharâa devra relever d’importants défis avant la fin des quatre années de transition, qui seront suivies d’élections législatives et présidentielles.
Bienvenue dans l’espace commentaire
Nous souhaitons un espace de débat, d’échange et de dialogue. Afin d'améliorer la qualité des échanges sous nos articles, ainsi que votre expérience de contribution, nous vous invitons à consulter nos règles d’utilisation.
Lire notre charte