Sahara. Influent think tank russe: la responsabilité d’Alger dans le conflit épinglée, la position du Maroc renforcée

Une promenade piétonne à Laâyoune, chef-lieu du Sahara marocain. (H.Yara/Le360)

Selon un rapport de l’influent Conseil russe des affaires internationales, une émanation de la diplomatie du pays de Poutine, le conflit du Sahara se révèle comme un affrontement entre le Maroc et l’Algérie, le Polisario n’étant qu’un proxy algérien. Pendant que ce dernier est affaibli et que son principal soutien est démuni, le Maroc, reconnu dans ses droits et soutenu sur le plan diplomatique, renforce ses appuis.

Le 16/03/2026 à 21h51

Le conflit du Sahara est bel et bien une affaire maroco-algérienne, le Polisario n’étant qu’un proxy d’Alger et la position marocaine s’affirme de plus en plus sur la scène internationale, avec un soutien diplomatique croissant et des reconnaissances concrètes de sa souveraineté sur les provinces du Sud. Ce sont là les deux principales conclusions auxquelles aboutit l’influent RIAC, ou Conseil russe des affaires internationales, un think tank indépendant basé à Moscou, créé en 2010 sous le parrainage du ministère russe des Affaires étrangères et avec le soutien de personnalités et institutions russes de premier ordre.

Dans un rapport d’environ 100 pages intitulé «Les conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord: état actuel et dynamique possible» et offrant une analyse détaillée de la situation sécuritaire et politique dans la région MENA, le think tank russe aborde, parmi les thèmes traités, le dossier du Sahara, avec un focus particulier sur la position marocaine et l’évolution du conflit.

Sur le terrain, le rapport souligne que la position du Maroc dans le dossier du Sahara occidental s’est progressivement renforcée, tant sur le plan diplomatique que politique, au fil d’un affaiblissement constant des capacités et de l’influence du Polisario. Selon l’étude, les affrontements militaires entre le Maroc et le Polisario se poursuivent depuis novembre 2020 sous forme «d’actions sporadiques de faible intensité», à la suite de la rupture par le Polisario du cessez-le-feu de 1991. Toutefois, le rapport note que les capacités militaires du Polisario restent limitées et ne lui permettent pas d’infliger des pertes significatives au Maroc.

Sur le plan diplomatique, le RIAC insiste sur la constance de la position marocaine. Il rappelle que celle-ci repose sur trois principes: le Sahara est une partie intégrante du Maroc; cette appartenance est justifiée par l’histoire, la tradition et le droit; l’intégrité territoriale est le fondement de l’unité nationale. Le rapport ajoute que le Maroc joint les actes aux paroles, en intégrant pleinement le territoire dans son système administratif et territorial et en investissant activement dans son développement.

La main d’Alger

Le document du RIAC met en lumière le rôle central de l’Algérie, qui reste indispensable au Polisario. Le régime d’Alger a beau s’en cacher en se présentant comme un voisin inquiet, le think tank de référence de son ancien «grand frère», dont les travaux sont souvent utilisés comme base par les décideurs russes, ne s’y trompe pas. «Le conflit est de plus en plus perçu non comme un conflit maroco-sahraoui, mais comme un conflit maroco-algérien». L’étude rappelle également que le Polisario joue avant tout un rôle de gestionnaire des camps de Tindouf, via «un système de clientélisme et de redistribution de l’aide internationale», soulignant sa dépendance totale à Alger pour la survie politique et économique.

Pendant que le Polisario est de plus en plus affaibli et que le jeu d’Alger éclate au grand jour, le rapport note que la position marocaine bénéficie désormais «d’un soutien international en forte progression». Comme le précise le rapport, la stratégie diplomatique marocaine «se traduit notamment par des efforts visant à convaincre les États ayant reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) de retirer leur reconnaissance, ainsi que par l’augmentation du nombre de pays reconnaissant directement ou indirectement la souveraineté marocaine sur le Sahara. L’ouverture de missions consulaires dans les provinces du Sud constitue un indicateur important de cette reconnaissance. Si auparavant environ 80 États reconnaissaient la RASD, leur nombre a aujourd’hui été réduit de plus de moitié. Dans ces conditions, à Rabat, on estime - non sans raison - que le temps joue en faveur du royaume».

Le rapport souligne également que la proposition d’autonomie présentée par le Maroc en 2007 reste la base principale de discussions internationales, garantissant une large autonomie du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine. «Selon cette proposition, le Sahara disposerait d’une large autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine, avec des compétences dans les domaines de l’administration locale, de la police, de l’économie, des infrastructures, de la culture et de l’environnement, tandis que les questions liées à la souveraineté, à la défense et aux relations extérieures resteraient sous l’autorité de Rabat», explique le document.

Le rapport rappelle aussi que la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, durant le premier mandat de Donald Trump, a constitué un tournant diplomatique majeur, encourageant plusieurs partenaires occidentaux à adopter une ligne favorable au Royaume. Dans ce cadre, le rapprochement franco-marocain observé entre 2024 et 2025 est également mis en avant. Le rapport rappelle à ce titre que le président français Emmanuel Macron avait affirmé dans une lettre adressée au roi Mohammed VI en juillet 2024 que, pour la France, «le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine».

Pour le RIAC, le Maroc est aujourd’hui au centre de la stabilité régionale, tandis que le Polisario apparaît comme un proxy algérien dépendant, et que le Royaume bénéficie d’un soutien diplomatique croissant sur la scène internationale, consolidant sa position historique et légale sur ses provinces du Sud.

Alger n’y pourra rien. S’agissant des perspectives, le think tank distingue entre deux scénarios principaux. Le premier, jugé le plus probable, sera marqué par le renforcement progressif de la position diplomatique du Maroc, parasité occasionnellement par la poursuite de provocations de faible intensité. Le second, considéré comme très peu probable, serait lié à une escalade des tensions entre le Maroc et l’Algérie si Alger tentait de renforcer les capacités militaires du Polisario. Les conséquences seraient majeures. Et Alger le sait.

Par Tarik Qattab
Le 16/03/2026 à 21h51