C’est la guerre des chiffres entre les ténors des partis politiques sur le montant alloué au soutien accordé à la filière des viandes rouges. Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants et pilier du Rassemblement national des indépendants (RNI), parti dirigeant le gouvernement, a été parmi les derniers à réagir. Pour lui, ce sont 100 entreprises qui n’ont reçu que 300 millions de dirhams, notamment pour maintenir les prix des moutons de l’Aïd entre 4.000 et 4.500 dirhams par tête et pour juguler la hausse des prix. Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a réfuté ces chiffres en affirmant que 18 importateurs de moutons avaient bénéficié de 13 milliards de dirhams du budget de l’État, sans que cela n’ait eu d’impact sur les prix.
Entre ces deux versions, une troisième émerge, issue du ministère de l’Économie et des Finances, confirmant que le budget alloué au soutien s’élève bien à 13 milliards de dirhams, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 2 avril.
Selon le quotidien, l’État a pris en charge la TVA sur l’importation des bovins et a suspendu les droits de douane à partir du 3 février 2023, dans la limite de 100.000 têtes, avant d’étendre ce quota à 120.000. Depuis l’application de cette mesure et jusqu’au 22 octobre 2024, le budget de l’État a supporté un coût total de 744 millions de dirhams. 133 bénéficiaires ont profité de ces mesures.
Concernant les moutons, l’État a également pris en charge la TVA et a suspendu les droits de douane sur les importations depuis février 2023. Depuis la mise en place de cette mesure et jusqu’au 18 octobre 2024, l’État a pris en charge un montant total de 5 milliards de dirhams, dont environ 4 milliards pour les droits de douane et 1 milliard pour la TVA. Le nombre total des bénéficiaires de ces mesures s’élève à 144 entre février 2023 et octobre 2024.
Les statistiques montrent qu’entre octobre et décembre 2022, 12 bénéficiaires ont importé 3.769 têtes de bovins pour une valeur dépassant 35 millions de dirhams. L’année suivante, le nombre de bénéficiaires est monté à 105, avec plus de 104.000 têtes de bovins importées pour une valeur dépassant 2 milliards de dirhams. En 2024 (jusqu’au 24 octobre), 70 bénéficiaires ont importé environ 109 000 têtes pour un coût similaire. Au total, 133 bénéficiaires ont profité de ces importations sur une période étendue, parmi les 1.014 entreprises ayant déposé des demandes. Le nombre total de bovins importés atteint environ 218.000, pour une valeur de près de 4 milliards de dirhams.
En ce qui concerne les moutons, en 2023, quelque 64 bénéficiaires ont importé près de 400.000 têtes pour une valeur de 635 millions de dirhams. En 2024, ce sont 119 bénéficiaires qui ont importé 737.000 têtes, portant le total des importations à 1,1 million de têtes, pour une valeur avoisinant 2 milliards de dirhams.
Au total, le manque à gagner pour l’État, en raison de la seule exonération des droits de douane, s’élève à 7,3 milliards de dirhams pour les bovins et 3,8 milliards pour les moutons.
Les sources d’Al Ahdath Al Maghribia concluent qu’en réalité, le chiffre astronomique de 13 milliards de dirhams (le budget du stade Hassan II de Casablanca, censé être le plus grand au monde, est de 5 milliards de dirhams) représente essentiellement les pertes de recettes pour l’État.
Une chose est certaine: la politique d’importation du bétail pour résoudre la crise de la viande n’a pas porté ses fruits. En plus d’avoir coûté excessivement cher, elle n’a pas permis de faire baisser les prix de la viande ni d’atténuer les tensions sur le marché durant les dernières fêtes de l’Aïd.
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