Azemmour, un massacre urbanistique…

Fouad Laroui.

ChroniqueCela fait plus de cinq ans que le chantier est à l’arrêt. Ce qui fut autrefois une agréable agora où l’on venait prendre l’air et rencontrer ses amis est devenu une espèce de dalle inachevée, qui commence déjà à se délabrer avant même que d’avoir servi à quoi que ce soit.

Le 17/07/2024 à 11h00

Azemmour, berceau de mon ascendance paternelle, est une ville chère à mon cœur; on y trouve quelque part un antique ‘derb Laroui’ et le Centre culturel porte le nom de mon oncle; et pourtant j’évite de m’y rendre ces jours-ci parce qu’un autre crève-cœur s’est ajouté à ceux que je ne cesse de déplorer dans ces colonnes, la saleté repoussante des rues -on déambule parmi les immondices-, la destruction de bâtisses centenaires dans la vieille ville, la laideur des nouveaux quartiers (des cubes percés de trous conçus par un mâalem Bouchaïb, le crayon sur l’oreille, moustachu, illettré dans toutes les langues et plus encore dans le langage de l’architecture), l’insécurité dès la nuit tombée (des types louches, sniffeurs drogués, rôdent…), etc. N’en jetez plus!

Donc, un autre crève-cœur s’est ajouté à ceux-là. Il s’agit de la place dite ‘de la muraille’. Allez-y voir -ou plutôt non, n’y allez pas, je l’ai fait pour vous, inutile d’ajouter votre désarroi au mien.

Il fut un temps où cette place centrale abritait un grand jardin. Vous en souvenez-vous, Zemmouris d’ici et d’ailleurs? Des retraités paisibles y passaient la journée, formant plusieurs cercles où l’on jouait aux cartes (touti, ronda…), on y trouvait des jeux pour enfants, des rombières assises sur l’herbe y échangeaient des potins. Certes, ce n’était pas la Grand-Place de Bruxelles, ce n’était pas la Sultanahmet d’Istamboul, ce n’était pas forcément instagrammable -faute d’entretien, le gazon disparaissait, devenant ‘idéal’ comme le paletot de Rimbaud- mais cet endroit était charmant, vivant, agréable, convivial… Et au moins, il avait le mérite d’exister.

Eh bien, il n’existe plus.

L’affaire avait pourtant commencé comme un conte de fée. Afin de réhabiliter l’endroit, une manne tomba du Ciel -ou plus probablement, du ministère de l’Urbanisme ou de l’Intérieur. Peu importe: beaucoup d’argent était soudain disponible.

Les édiles locaux décidèrent, dans un grand élan d’enthousiasme, de créer une nouvelle place, avec des estrades pour bateleurs, des stands pour artisans, de grands lampadaires, des baraques high tech pour vendeurs d’escargots bouillis et des toilettes publiques new look. Il s’agissait de créer une sorte de Jama’ el F’na plus belle encore que celle de ces parvenus de Marrakchis -Azemmour existe depuis les Phéniciens alors que Marrakech ne date que d’hier, même pas mille ans. On imagine les vivats et les hourras poussés lors de la réunion du Conseil municipal qui adopta ce plan grandiose.

Hélas. Trois fois hélas…

Cela fait plus de cinq ans que le chantier est à l’arrêt. Ce qui fut autrefois une agréable agora où l’on venait prendre l’air et rencontrer ses amis est devenu une immense dalle inachevée, rébarbative, entourée d’une clôture menaçante, et qui commence déjà à se délabrer avant même que d’avoir servi à quoi que ce soit -et c’est cette esplanade lugubre qui accueille maintenant l’estivant et le touriste, qui ne songent qu’à fuir en contemplant ce saccage.

Pourquoi cela, n… de D…? Pourquoi ce ratage monumental?, me demandez-vous.

Eh bien, la Ville est en conflit avec le maître d’œuvre. Pourquoi? J’ai fait mon enquête. Y a des malfaçons!, tonne un édile. (En tant qu’ingénieur, j’ai été effectivement surpris de voir, sur les plans, des latrines souterraines avec un système abracadabrant d’alimentation en eau.) Pas du tout, c’est la Ville qui ne paie plus!, riposte Flane, ami du maître d’œuvre. Y a p’us d’argent, me glisse un folliculaire qui semble bien informé. Where’s the money? demande un jeune râleur (curieusement anglophone) croisé à l’ombre des remparts.

Et voilà. À Azemmour, un jardin s’est perdu, remplacé par… rien. Le vide. Comme une préfiguration de ce qui attend l’humanité souffrante si elle confie son sort à l’impéritie, même dûment élue.

Les dernières élections ont porté un nouveau Conseil municipal à la gestion des affaires. L’ancien Conseil, qui avait lancé le projet, s’en est allé. Le passé est mort, comme on dit; personne n’est responsable; et les braves gens d’Azemmour n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Par Fouad Laroui
Le 17/07/2024 à 11h00

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Combien de temps il a fallu pour remettre des dalles "tombées" des trottoirs du pont qui relie Rabat à Salé? Un chute dans l'oued aurait pu y être fatale pour quiconque puisqu'aucun signalement pendant une période!

Merci Mr Fouad d'avoir osé soulever ce massacre qui se déroule à Azemmour, mais il y a bien un autre massacre qui se déroule à Rabat sur la corniche de Rabat. Les décideurs ont osé faire l'inimaginable en construisant un hôtel et des appartements de luxe au bord de la mer du côté d'El Menzah. Je ne sais pas où sont passées les associations et autres ONG soucieuses de notre architecture et de notre patrimoine

Il faudrait crée une Agence Nationale Urbaine composée d'architectes, designers, urbanistes, paysagistes, sociologues et historiens qui avalise ou pas tout projet de renovation ou de creation d'espace public. Avec pour seul but de préserver le beau, l'authentique, le sain, l'écologique, la fluidité et l'accès. Pour paraphraser Voltaire, le beau est nécessaire et non superflu.

Ce retard injustifié veut dire que l’argent alloué à ce projet a été dilapidé par les responsables. Toutes les closes d’un contrat ont des délais à respecter. Il est temps qu’une commission d’enquête doit être envoyée à Azemmour pour redémarrer cet aberration.

Excellente idée.

La tutelle devrait demander des comptes aux conseils communaux et aux mairies . Celles ci doivent être contrôlées constamment par un conseil de citoyens composé de représentants de la société civile qui doit assister aux réunions et avoir son mot à dire sur la gestion de la commune ou de la municipalité . À défaut d'autre chose c'est la seule solution

Les élections étaient libres. Les habitants de Azemmour peuvent élire qui ils veulent. Ils ne peuvent pas blamer la colonisation francaise. Ils ne peuvent pas blamer Donald Trump. Ils ne peuvent pas blamer le sionisme ou les israéliens. Les habitants de Azemmour n'ont que ce qu'ils méritent.

Une solution aux promesses mensongères des élus est d’écourter la durée de cinq ans à deux ans. Tous ceux qui ne tiennent pas leurs promesses doivent-être voter dehors.

Absurde! On ne peut pas savoir à l’avance ce que peut faire ou ne pas faire une équipe élue au conseil municipal. Si cette équipe s’avère une bande d’incompétents ou de "détourneurs" de fonds publics, il faut leur demander des comptes. Les habitants sont des victimes dans cette affaire.

À propos des Conseils municipaux: notre pays a-t-il besoin d’un nombre aussi pléthorique d’élus? Si l’on additionne leurs nombres dans les collectivités territoriales, le Parlement, les chambres professionnelles, etc., on arrive au chiffre faramineux de 25.000 élus locaux, parlementaires et professionnels. 25.000! Nous avons une surabondance d’élus sans rapport avec le degré de démocratisation du pays. On compte un élu pour 1.330 citoyens, bien plus que le nombre de médecins ou d’ingénieurs rapporté à la population.

je me demande si quelqu'un de vous avait le courage d'écrire un jour au Conseil Communal de votre ville pour incitation de jeter aunions un œil à ce que vous êtes en train de décrire. Observateur.

Écrire? À des analphabètes?

Écrire? Est ce une blague? Les zemmouris ne rouspètent plus depuis belles lurettes. Les conseils municipaux et les responsables des différents ministères sont aux abonnés absents et ont d’autres chats à fouetter.

Quel Conseil Municipal ?! ... De plus ce sont souvent des Anomalies qui crèvent les yeux ! Ce sont des Anomalies qui durent depuis des Années ! ... Beaucoup de monde est impliqué ou concerné... Les solutions ne peuvent venir que des Walis et des Ministres Concernés ! Merci à Ssi Fouad Laroui de remuer ces Chantiers ! Merci

Merci M.Laroui, d'avoir mis en lumière cette ville riche en histoire. Bien que je ne vive plus à Azemmour, je suis fier de mes racines Azemmouries et je reste profondément attaché à cette ville. Je la visite régulièrement et, à chaque fois, je suis consterné de constater sa dégradation continue et alarmante, qui ne fait que s'aggraver au fil du temps. Azemmour mérite de retrouver sa splendeur d'antan et d'offrir à ses habitants un cadre de vie digne de son héritage historique.

Il est inconcevable que l’une des premières municipalités du royaume n’a pas d’espace pour une décharge publique dans son permettre urbain. Le découpage administratif imposé à cette cette ville, l’a transformé en une décharge publique. La ville d’Azemmour est coincée entre un fleuve rempli d’égouts, entre la commune d’El Houzia qui s’arroge le droit de la priver de ses plages, entre la commune de Oulad Rahmoun qui empêche son extension urbaine et entre la municipalité d’El Jadida qui s’accapare tous les projets de développement, laissant rien à Azemmour.

Suite 2 Le complexe Lalla Hmara ( Mazagan) érigé, il y a quelques années, constitue, encore, un autre obstacle pour plus d’asphyxie. La commune rurale, invisible, d’El Houzia piétine sur le périmètre urbain d’Azemmour et s’arroge le droit la priver de ses plages et de collecter les taxes locales du complexe Lalla Hmara, de quel droit? Tout aménagement du territoire responsable et harmonieux ne dois pas privilégier une commune ou une ville au détriment d’une autre. La ville d’Azemmour est devenue une ville dépotoir jonchée d’ordures et de détritus avec la complicité des responsables.

Un dépotoir et une ville dortoir. Rien ne va plus. D’une municipalité en 1912 à un douar en 2024.

Il est temps que le wali de la région intervienne. Merci, monsieur Laroui, d'avoir attiré l'attention sur cette anomalie. Je suis zemmouria d'origine et je connais cette place centrale qui est aujourd'hui un no man's land.

J'aimerais également partager ma profonde tristesse au sujet de ma ville de coeur, Taza, la belle Taza, défigurée, salie, abandonnée aux brigands élus !

"Le courant rapide n'a pas emporté la lune." Pensez-y bien et accrochez-vous à la lune...

Les Communes sont les pires institutions publiques dont dispose notre cher pays. Il n'y a qu'à voir le nombre impressionnant des présidents et conseillers pourtant élus, démis de leurs fonctions ou jetés en prison. Nos villes, toutes nos villes ont besoin d'un Yâcoubi ou d'un M'hidia qui savent taper dans la fourmilière et débarrasser la ville de ses maux. Un grand ménage a été fait à Rabat et un grand ménage est entrain d'être fait à Casablanca.

Que dalle ! Cette dalle d'Azemmour nous fait penser à d'autres Chantiers Inachevés ou mal "achevés" qui défigurent nos villes ! Pour Exemple l'Avenue Hassan II de Marrakech ! TOUTE l'Avenue a été Complètement Défigurée depuis des Années et... Rien n'est fait pour corriger l'Énorme Erreur !??? On n'y pige que Dalle !!! Merci

Bonjour cher Fouad Laroui Jadis cité quiète où l’on pouvait savourer ses plaisirs à la bonne franquette, courtisée aussi bien par l’océan géant et magnanime que par sa douce et maternelle compagne Oum Errabiâ la sublime, Azemmour était jolie comme un amour. Or, comment cette « nymphe urbaine » peut-elle encore inspirer admiration et urbanité si son âme ainsi que son charme ont été concassés par un tel cauchemar urbanistique ? Un vrai et fier Zemmouri, et ils sont légion, ne saurait tolérer cette fâcheuse incurie. D’autant que, ainsi que le disait Albert Memmi : « Comme une mère, une ville natale ne se remplace pas. » Puisse, dès lors, la « piété filiale » tenir lieu d’aiguillon à l’engagement citoyen et résolu de l’élu local envers cette ville qui mérite un bien meilleur sort !

C’est joliment dit, monsieur Farissi.

M. , Si vous avez une "influence", alors faites vite, très vite pour la ville de Kénitra. En effet, les bâtiments des grandes artères de la ville, où le mot architecture a encore du sens, sont passés sous les mains des tâcherons ...

on se demande parfois si vraiment, il y'a un espoir pour le Maroc de demain. partout dans presque toutes les villes et villages marocains les mêmes histoires de mauvaises gouvernance. à qui la faute? aux gouvernements successifs qu'a connu notre beau pays? à l'impunité? ou simplement à notre éducation et au manque de civisme? c'est désespérant

Quand on part en road-trip à travers notre beau et magnifique pays, on se met à rêver que les choses changeront un jour ! Mais à chaque fois ce jour semble s'éloigner, hélas ! La saleté qu'on croise partout (sauf quelques rares grandes villes comme Rabat ou Tanger) semble s'être installée pour de bon. Des immondices et des sacs en plastique jonchent les trottoirs et les rues et cela ne semble gêner personne. Allez faire un tour à El Jadida,autre ville chère à notre ami Fouad Laroui, et vous ne serez pas decus du voyage. Et tant que vous y êtes, faites une escale à Safi avant de continuer vers Taroudant et Tafraout. Sortez un tout petit peu des circuits touristiques pour admirer la crasse. Et vous atteindrez oresque le summum à Tiznit !! C'en est désespérant et désolant !!!

À quoi vous attendez-vous d'un peuple où le médecin va consulter le "Raki guérisseur" !? Ce qui me sidère dans ce peuple, c'est que le NOUS EST ROI sauf lorsqu'il s'agit du bien public ! Mr Laroui, allez consulter le classement QI par pays et vous aurez peut-être un début de réponse !

Le problème de fond est le suivant: la démocratie locale nous impose d'élire des conseils municipaux, qui ont la main sur ce genre de projets. Or l'immense majorité des élus locaux ne cherchent qu'à s'enrichir, fût-ce au détriment de leur propre ville. D'où des projets jamais achevés mais qui rapportent quelque chose à ces élus. Ceux qui parlent matin, midi et soir de 'démocratie' devraient ouvrir les yeux: nous ne sommes pas encore mûrs pour ça. Les Finlandais, les Japonais, les Danois, etc., le sont. Pas nous. Nous le serons peut-être dans 3 générations. En attendant, c'est à l'État de faire de façon autoritaire, d'une main de fer, le travail de ces assemblées locales qui n'ont, en fait, rien de démocratique puisqu'elles sont au service des élus et non du peuple.

@Nabil, @Salim, Ce que vous dites est vrai et vous le dites de façon lumineuse. À tous les soi-disant ‘démocrates’, d’ici et d’ailleurs, il faudrait faire apprendre par cœur vos commentaires. Arrêtez de nous bassiner avec ça. Les élections amènent au pouvoir des corrompus incapables de gérer les villes et les communes. En fin de compte, ce sont les walis, c’est-à-dire l’Etat, qui font le travail. Alors autant se passer des autres.

M. Nabil, vous avez absolument raison. La démocratie, chez nous, est un leurre. Elle consiste à élire ‘démocratiquement’ des gens qui, une fois élus, ne cherchent qu’à s’en mettre plein les poches, au détriment de l’intérêt général. C’est donc, comme vous le dites, d’un État dur, impitoyable mais efficace, dont nous avons besoin et non d’élus locaux nuls et corrompus (voyez le nombre d’élus qui sont en prison pour détournement de fonds, corruption, etc.) Plutôt un État fort et efficace qu’une démocratie de façade.

Bjr professeur! C'est partout la même chanson!Ce qu'il faut espérer,c'est une visite et une colère royales pour secouer un peu les puces à certains qui ne veulent pas travailler.Car seul le roi,que Dieu le glorifie,arrive à démêler ce qui est indémêlable.Sinon,le souverain charge une personne compétente et lui donne les pleins pouvoirs pour qu'elle puisse accomplir des missions impossibles.Les exemples ne manquent pas.Ne vous inquiétez pas cher professeur,le tour de la belle Azemmour viendra.C'est regrettable de laisser la situation se dégrader à ce point!Je pense aussi au fleuve.Azemmour mérite mieux!Merci de sonner la énième alarme!

M. Laroui, vous êtes irremplaçable dans votre rôle d'imprécateur. Merci.

c'est la même chose a Asila, il y avait dans le temps une corniche (pas instagrammable mais elle faisait l'affaire quand même) puis un jour avant les élections la commune a décidé d'élargir la corniche, la faire plus belle , elle a ramené un bon architecte .les travaux ont commencé, et puis les élections ont passé et depuis la corniche est en statuquo (il y a un mouvement de 1km/an)

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