Le plaisir est étrange, trouble. Une fois les merveilleuses retrouvailles passées, et les premiers rires, il peut occasionner des sensations complexes. Ce moment est à la fois espéré et redouté. Comme avec un ancien amour, cette vieille connaissance perdue de vue, et qui s’invite sans prévenir, qui s’impose presque, devient rapidement encombrante. C’est toujours un plaisir de la retrouver, mais elle dérange. La nostalgie, les souvenirs et tout ce qu’elle porte en elle ont désormais un potentiel gênant, embarrassant.
Le temps est alors suspendu, votre esprit vagabonde et ressemble à une horloge qui a arrêté de fonctionner. Plus de batterie, plus rien. Il faut trouver une solution pour remettre les aiguilles à moins l’infini. Il faut faire l’effort d’oublier le présent et de replonger dans un passé lointain, partiellement oublié. Un passé à recomposer.
C’est la remontrée des souvenirs ou des flashs qui vous plonge dans une pagaille intérieure. Commence les questions. Les noms, dont beaucoup ont été oubliés ou cachés par une mémoire forcément sélective. Te souviens-tu de tel? Et que devient tel autre? Te rappelles-tu quand tel disait ou faisait tel à tel?
Tout remonte ou presque, dans le désordre et la confusion. Vous luttez pour que votre mémoire récupère des restes, des tronçons perdus en cours de route. C’est une lutte, un combat (contre qui, me diriez-vous?).
Dans le même temps, paradoxalement, vous luttez pour que votre mémoire ne récupère jamais ces naufragés. Inconsciemment, vous vous obstinez à enterrer ces souvenirs qui remontent à peine à la surface, après avoir longtemps végété et vécu avec la tête sous l’eau…
Alors voilà. Vous êtes brutalement jetés dans un passé obscur, flou, et dont vous avez du mal à vous rappeler mais, en plus, vous êtes face à un étranger. C’est le plus dur. Et pendant que cet étranger surgi de nulle part vous raconte une ou deux anecdotes, vous déchiffrez sa gestuelle, les mouvements de ses yeux, les intonations de sa voix, son crâne dégarni, ses tics, ses rides…
Le pire, c’est que l’étranger doit en faire autant. Il vous dévisage, vous examine, vous décortique. Il est aussi heureux que vous, mais le malaise est là.
Que faire? Rien, il faut se laisser aller, pas le choix, vous ne pouvez décider de rien même s’il vous prend l’envie de refermer cette parenthèse et de fuir.
Dis, dis, vous demande encore l’étranger, tu te souviens de tout? Vraiment tout? Mais oui, mon ami, je me souviens de tout et de plus encore. Et j’ai hâte de tout oublier, de nouveau, à la première occasion… C’est plus fort que moi, et merci pour ce moment.
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