Dis, tu te souviens de tout?

Karim Boukhari.

ChroniqueC’est toujours un plaisir de retrouver un ancien camarade de classe. C’est comme ramener un mort à la vie. Cela tient du miracle. Quel enchantement, quel plaisir! Mais…

Le 15/02/2025 à 09h00

Le plaisir est étrange, trouble. Une fois les merveilleuses retrouvailles passées, et les premiers rires, il peut occasionner des sensations complexes. Ce moment est à la fois espéré et redouté. Comme avec un ancien amour, cette vieille connaissance perdue de vue, et qui s’invite sans prévenir, qui s’impose presque, devient rapidement encombrante. C’est toujours un plaisir de la retrouver, mais elle dérange. La nostalgie, les souvenirs et tout ce qu’elle porte en elle ont désormais un potentiel gênant, embarrassant.

Le temps est alors suspendu, votre esprit vagabonde et ressemble à une horloge qui a arrêté de fonctionner. Plus de batterie, plus rien. Il faut trouver une solution pour remettre les aiguilles à moins l’infini. Il faut faire l’effort d’oublier le présent et de replonger dans un passé lointain, partiellement oublié. Un passé à recomposer.

C’est la remontrée des souvenirs ou des flashs qui vous plonge dans une pagaille intérieure. Commence les questions. Les noms, dont beaucoup ont été oubliés ou cachés par une mémoire forcément sélective. Te souviens-tu de tel? Et que devient tel autre? Te rappelles-tu quand tel disait ou faisait tel à tel?

Tout remonte ou presque, dans le désordre et la confusion. Vous luttez pour que votre mémoire récupère des restes, des tronçons perdus en cours de route. C’est une lutte, un combat (contre qui, me diriez-vous?).

Dans le même temps, paradoxalement, vous luttez pour que votre mémoire ne récupère jamais ces naufragés. Inconsciemment, vous vous obstinez à enterrer ces souvenirs qui remontent à peine à la surface, après avoir longtemps végété et vécu avec la tête sous l’eau…

Alors voilà. Vous êtes brutalement jetés dans un passé obscur, flou, et dont vous avez du mal à vous rappeler mais, en plus, vous êtes face à un étranger. C’est le plus dur. Et pendant que cet étranger surgi de nulle part vous raconte une ou deux anecdotes, vous déchiffrez sa gestuelle, les mouvements de ses yeux, les intonations de sa voix, son crâne dégarni, ses tics, ses rides…

Le pire, c’est que l’étranger doit en faire autant. Il vous dévisage, vous examine, vous décortique. Il est aussi heureux que vous, mais le malaise est là.

Que faire? Rien, il faut se laisser aller, pas le choix, vous ne pouvez décider de rien même s’il vous prend l’envie de refermer cette parenthèse et de fuir.

Dis, dis, vous demande encore l’étranger, tu te souviens de tout? Vraiment tout? Mais oui, mon ami, je me souviens de tout et de plus encore. Et j’ai hâte de tout oublier, de nouveau, à la première occasion… C’est plus fort que moi, et merci pour ce moment.

Par Karim Boukhari
Le 15/02/2025 à 09h00

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VOS RÉACTIONS

Bjr cher Karim!Toutes mes condoléances et que Dieu ait le défunt en Sa sainte miséricorde!

Mes condoléances Monsieur BOUKHARI. Que le Dieu l'ait dans sa miséricorde. Nous sommes à Dieu et à Lui nous revenons.

Très Sincères Condoléances Ssi Karim Boukhari ! Que le défunt père repose en paix 🤲 إنا لله وإنا إليه راجعون Merci

Bjr cher Karim!Ce que vous dites est très juste.Les moments des retrouvailles sont toujours enchanteurs.Mais après,on se lasse de repasser en boucle tous les bons souvenirs.Certains camarades ne se rendent malheureusement pas compte que nous avons changé,que les temps ont changé,que tout a changé.Ils continuent à ressasser le passé lointain comme s'ils y étaient restés enfermés.A certains moments la conversation se brise lamentablement et on essaie de meubler les silences avec n'importe quoi et...merde,y en a marre et on se retrouve debout pour dire à notre camarade retrouvé et perdu encore:"Allez Mahmoud! A un de ces quatre!".Le pauvre,ne sait pas quoi répondre,bafouille:"On... se revoit... demain?".On est alors obligé de rétorquer:"Non cher,je vais retourner à l'île de Paques!"Et ouf...

Mais où est l’article de Karim Boukhari? S’est-il volatilisé?

Bjr cher Karim!Vous avez parfaitement raison.Un prof nous a dit un jour que nos camarades de classe sont les personnes que l'on va rencontrer durant tte notre vie.Comme il avait raison!Un week-end,je suis allé voir ma mère et comme je n'étais pas motorisé,j'ai hélé un taxi.Dès que je suis monté,le chauffeur s'est mis à pouffer.Intrigué,je lui ai souri et c'est alors que je l'ai reconnu.On s'est raconté nos années du lycée,mais m'a-t-il dit,il n'a jamais oublié une scène très comique:"Je t'ai vu entrer au lycée avec un panier à la main!"Je lui ai expliqué que j'étais passé chez un prof français pour lui emprunter qques bouquins à lire pendant l'été.Ne trouvant où les mettre,le gentil prof m'a aussi prêté un joli panier et je suis allé fièrement en classe avec.Joli et intéressant billet.Slt.

La chronique n'est pas publiée.

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