L’esprit d’Essaouira ne doit pas mourir

Fouad Laroui.

Fouad Laroui.

ChroniqueL’esprit d’Essaouira, c’est celui du Maroc dont nous rêvons. Ouvert, fraternel, tolérant, souriant, félin et humain, empreint de spiritualité, bercé de rythmes et du son des vagues.

Le 28/06/2023 à 11h00

Je ne vous ferai pas l’injure de prétendre vous apprendre quoi que ce soit sur Essaouira - qui ne connaît pas la ville fondée par le sultan Mohammed ben Abdallah en 1760 à partir d’un plan tracé par Théodore Cornut? Qui ne sait pas qu’il y avait là un site connu depuis l’Antiquité, occupé un temps par les Phéniciens puis, bien plus tard, par les Portugais qui y édifièrent une forteresse au début du XVIe siècle?

Je ne prétends pas non plus vous révéler qu’Essaouira est une ville multi-religieuse -juifs, musulmans et chrétiens s’y sont longtemps côtoyés-, parfois mystique -il y a des confréries soufies un peu partout dans la médina-, et résolument artistique -tout Souiri qui se respecte manie le pinceau ou taquine la muse ou gratte le bendir.

Vous savez également que c’est la seule ville marocaine où les chats n’ont pas peur des humains. Mieux: les chats possèdent la ville et nous y tolèrent. Merci -ou plutôt miaou.

Puisque vous insistez pour que je vous apprenne quand même quelque chose sur cette cité, sachez que le 5, rue d’Oujda, demeure historique de la famille de ma mère, les Ch’bani, est devenu un street café -en anglais dans le texte. Je l’ai constaté avec stupéfaction vendredi dernier. C’est également le siège local d’une organisation des droits de l’Homme, ce qui m’a rempli d’une fierté bien légitime.

Si j’étais là-bas le week-end dernier, c’était évidemment pour le Festival g’naoua, qui renaît de ses cendres après les années Covid. Les amateurs du monde entier sont venus. J’ai bavardé avec des Allemands et des Espagnols, avec l’acteur américain Robert Wisdom (The Wire, Prison Break…), avec un Finlandais assez allumé, avec une citoyenne délurée de Trinidad-et-Tobago -je ne blague pas. Et il y avait aussi beaucoup de Marocains du monde qui vous abordent par un cordial khouya avec l’accent de Rotterdam ou de la banlieue parisienne. Quant au Sud-Africain avec qui j’ai échangé quelques phrases en afrikaans, il n’en est toujours pas revenu…

Souvenirs, souvenirs… La joyeuse parade d’ouverture, jeudi soir; des artistes de tous les horizons dans l’ancienne médina; la scène Moulay Hassan, théâtre d’une superbe fusion entre g’naoua marocains et percussionnistes subsahariens; un saxophone qui s’invite là-dedans; le Trio Joubran sur la terrasse du Bastion, qui abrite une exposition de peinture; 1h30 du matin samedi et la fête continue de plus belle; une effervescence partout perceptible; le temps doux et clément; la magie qui se dégage de cette diversité…

En fait, le Festival g’naoua est bien plus qu’un événement musical. C’est autre chose. C’est une sorte de fusion spirituelle entre une ville, ses remparts, ses ruelles, ses habitants, la mer, le vent, la musique et les visiteurs -dont certains ne repartent plus.

Et pourtant, horresco referens, je sais de source sûre que les organisateurs ont eu des difficultés à mobiliser les sponsors cette année.

Qu’on se le dise -et qu’on en frissonne: le Festival g’naoua a failli mourir.

Non. Non. Non. Je le dis en tant que Souiri (par ma mère) mais surtout en tant que Marocain et que citoyen du monde: le Festival g’naoua ne doit pas mourir. L’atmosphère unique qui règne dans Essaouira pendant ces quelques jours ne doit pas disparaître.

Parce que l’esprit d’Essaouira, c’est celui du Maroc dont nous rêvons. Ouvert, fraternel, tolérant, souriant (souiriant…), félin et humain, empreint de spiritualité, bercé de rythmes et du son des vagues.

Non, le Festival g’naoua doit vivre. Parce que le Maroc dont nous rêvons doit advenir.

Par Fouad Laroui
Le 28/06/2023 à 11h00

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Oui, l’esprit d’Essaouira ne doit pas mourir, mais également son nom : ‘’ Mogador’’, du moins dans les langues étrangères. On aura ainsi ‘’Essaouira’’ en arabe, ‘’Tassourte ‘’en amazigh et ‘’ Mogador ‘’ dans les autres langues.

Cher Fouad LAROUI Magistral hymne cousu main et dédié à cet amour de ville qu’est Mogador. Qui n’a pas été tonifié par l’effet stimulant de son alizé, charmé par les arpèges de ses mouettes et grisé par cette atmosphère de fête qui lui tient lieu de seconde nature ? Un vibrant cri de cœur, non dénué d’esprit, pour que Essaouira ne perde pas son âme, elle qui apporte, de par sa riche culture locale jumelée à son ouverture à l’universel, un supplément substantiel à toutes les âmes en peine ou tout simplement en quête de complétude… Par ailleurs, le texte est agréablement traversé et bercé par un parfum baudelairien portant au pinacle le plus fin des félins. Au point de m’autoriser ce pastiche : « Les plus beaux rêves des chats de Mogador sont peuplés de… Souiris. »

Merci notre cher Fouad pour ce beau plaidoyer auquel j'adhère totalement

Thank you Mr Laroui for the beautiful article about my native town. The way you described the spirit of my birth place is exactly the one I was born into and grown with. It has not left me but helped me even to get along with people of all folks of life and to be accepted wherever I set foot. Talking about cats, I recall from my childhood my father feeding dozens of cats who gather in our street on a daily basis waiting for his return back from work to get their daily feed. Happy to learn the cats are still there. Our house number is 5 like your mother’s., we lived in AlKasba. Now I live abroad..

Article qui suscite l' admiration et force le respect. Merci notre cher Fouad Laroui pour ce cri émanant du cœur qui nous interpelle tous pour que tout un chacun assume sa responsabilité pour, in fine, servir au mieux notre pays bien aimé

Essaouira fut la genèse du Maroc. Sept chrétiens amazighs de Chiadma se rendirent à la Mecque rencontrer le prophète. Sa fille les appela Regragas لأنهم على حد إستماعها إليهم كانو يرجرجون في الكلام Jusqu’à nos jours, le moussem Regragas se tient au printemps ; et le Daour du pèlerinage dans l’étendu de Chiadma dure un mois et demi. Cette légende s’inscrit dans l’ADN de cette ville amazigh arabophone. Elle témoigne l’aube de l’islam au Maroc bien avant l’arrivée des arabes et de moulay idriss 1er. La ville de Abderrahmane Paco et de Taib saddiki est immortelle.

1000 fois oui ! Tout ce qui nous rapproche du reste du monde doit vivre, doit être cultivé !!!

Merci pour ce bel article sur Souira, souiri d adoption depuis longtemps je ne peux qu'adherer. Dans ma vie marocaine j ai aussi été doukali ......

Nous, marocains, quel que soit notre lieu de résidence, n’avons pas le droit d’être passifs quant à la pérennité de notre Essaouira et de son sublime festival. Nous, marocains, rappelons à notre ministère de la culture de ne pas oublier que ce patrimoine Essaouiri fait partie de ses principales responsabilités et pour cela un budget minimal doit être créé ou maintenu s’il existe déjà, pour pouvoir co-financer l’organisation de l’anniversaire de son festival confié à des spécialistes de ce type d’organisation. Essaouira, une ville, une région, une identité à ne pas oublier, à ne pas sous-estimer, qui exige d’être fêtée. C’est notre fierté que nous soyons à Tanger, à Nador, à Oujda, à Kénitra, à Rabat, à Casablanca, à Marrakech, à Laayoune ou à Lagouira ou à toute autre région de ce pays. BS

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