L’IA et le rêve le plus fou: ramener les morts à la vie

Karim Boukhari.

Karim Boukhari.. Le360

ChroniquePour mesurer les conséquences extraordinaires et perturbantes de l’Intelligence Artificielle, fermez les yeux et imaginez un hologramme qui reproduit, ou fait revenir à la vie, l’un des êtres que vous chérissez et qui n’est plus là…

Le 13/07/2024 à 09h00

Pour moi, l’IA a commencé le jour où l’un de mes amis, musicien à ses heures perdues, avait pu obtenir un contrat dans un célèbre club de jazz, le jour où il avait présenté sa photo à côté du grand Ray Charles. Voilà, leur avait-il dit, «j’ai déjà joué avec Mister Ray himself». C’était un photomontage, c’est-à-dire du toc!

L’IA, c’est du toc, du bidon, du faux. C’est une arnaque qui a le mérite de ne pas vous emmener en prison, mais dans une sorte de rêve éveillé. Une escroquerie halal.

Cette arnaque ne s’arrête pas à chercher un logiciel pour lui demander paresseusement, du bout des doigts: «Débrouille-toi pour écrire un texte à ma place». C’est plus malin et plus vicieux, ça va chercher plus loin encore.

Il y a un film prémonitoire, qui s’appelle «Le Congrès», d’Ari Folman (2013), dans lequel une star de cinéma sur le déclin décroche un dernier gros contrat. En contrepartie, on lui prend les données personnelles de son corps pour pouvoir les reproduire indéfiniment et en faire de nouveaux films, même après sa mort. Ce n’est pas seulement son image, jeune et parfaite, qu’on lui a volée, mais son âme.

Le bon côté des choses, c’est qu’on lui offre ainsi une sorte de vie éternelle. Et c’est son double, bien sûr, donc un être virtuel, qui en profite.

Une illusion, dites-vous, juste une illusion? Oui. Mais son image est là, ses gestes aussi, ses mimiques, sa voix, tout…

Cela ne vous rappelle rien? Moi si!

Cette histoire, qui est à la fois belle et terrifiante, me rappelle l’hologramme de la diva égyptienne Oum Kalthoum qui a émerveillé tant de personnes dans la récente édition de Mawazine. J’en connais qui ont pleuré devant ce vrai-faux concert.

Quel que soit le bout par lequel on prend cette délicate question du «toc», c’est-à-dire de l’IA, on finira par atterrir dans cette plateforme qui mêle la vie et la mort. C’est cette question cachée, de recréer la vie et de ressusciter les morts, même virtuellement, qui est le nœud du problème.

C’est un rêve fou. Et dangereux. Mais comment ne pas être incroyablement ému et perturbé par cette perspective? Comment ne pas être tenté?

Le plus important n’est pas l’outil technologique, mais le dérèglement émotionnel. Qui est immense.

Restons dans le cinéma, si vous voulez bien. Il y a ce film vertigineux, que tout cinéphile averti connaît dans ses infimes détails: «Solaris» (1972) de l’inoubliable Tarkovski. Il partage un point commun avec «Le Congrès»: celui d’avoir été adapté d’une œuvre d’un écrivain absolument génial, mais légèrement sous-coté: le Polonais Stanislaw Lew. C’est une sorte de dystopie, c’est-à-dire une réalité déformée, dans laquelle on voit un astronaute partir à la découverte d’une nouvelle planète.

Tout va bien jusqu’au jour où le «navigateur», qui avait perdu sa femme quelque temps auparavant, la voit réapparaître et revenir à lui… Il en perd ses moyens et la raison aussi, alors que son rêve le plus cher était, justement, de la retrouver un jour, quelque part…

Je peux vous citer aussi le magnifique «L’Exorciste» (William Friedkin, 1973), où le seul prêtre capable d’exorciser la jeune fille craque et fond en larmes, au moment où le «diable» imite à la perfection l’accent de sa vieille mère qui venait de rendre l’âme…

L’intelligence artificielle, elle est là.

Pour mesurer les conséquences extraordinaires et perturbantes de cette trouvaille technologique, pour comprendre les désordres émotionnels en série, fermez les yeux et imaginez un hologramme qui reproduit, ou fait revenir à la vie, l’un des êtres que vous chérissez et qui n’est plus là…

Par Karim Boukhari
Le 13/07/2024 à 09h00

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VOS RÉACTIONS

A mon humble avis, le film qui décrit votre récit est "Retour vers le futur, 1985 de Robert Zemeckis". Physiquement, la flèche du temps est guidée par les constantes universelles et les nombres associés tels que Pi, e, Fi, .. sur lesquelles le patron de l'Univers "Dieu l'a "bâti. En effet, depuis que les physiciens ont postulé que le nombre C, d'abord vitesse de la lumière, puis constante universelle, l'homme peut observer le passé. Par exemple, le soleil s'est déjà couché, et nous, nous avons l'information 8 minutes plus tard...

L'intelligence artificielle qui par definition n est pas naturelle ;créee par l homme ,non vivante non consciente n est donc qu un outil ,plus sophistiqué que d autres mais un outil quand méme dont on peut faire le meilleur comme le pire .L homme conn¹aît les mécanismes du fonctionnement de la cellule vivante mais n à jamais pu la produire artificiellement.(une simple cellule) Quant à la conscience (avec ses divers degres) et quant à ramener les morts à la vie...

L'idee du clonage digital est trop idealiste, les etats denatureront ca tres vite. On presente les possibilités fun pour endormir les conciences et faire oublier les cauchemars en preparation. Imaginez une puissance etrangere ou un etat policier qui kidnappe ou elimine les opposants et laisse courir une IA faisant croire a leur proches, amis et collegues qu'ils sont toujours vivants... Pour murir et mieux apprecier son monde actuel et ses vivants, l'humain doit apprendre a faire son deuil. Si des clones de par exemple celebrités du passé innondent les reseaux, se font nouveaux influenceurs ou ca se fasse en privé a l'echelle d'une seule famille, ce qui se passe vraiment est une operation de manipulation massive.

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