Pourquoi l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté par Alger

Tahar Benjelloun et Boualem Sansal. (Photomontage/Le360)

TribuneDans une tribune publiée dans l’hebdomadaire français Le Point, l’écrivain et Prix Goncourt Tahar Ben Jelloun dénonce l’arrestation par le régime algérien de l’auteur Boualem Sansal, en explique les motivations et appelle à la libération d’une icône de «cette nouvelle génération d’intellectuels maghrébins qui nomment les choses». En accord avec l’auteur, en voici la reproduction.

Le 22/11/2024 à 16h36

Les dictateurs ont la haine de l’intelligence. Ils détestent les écrivains, les artistes, les penseurs, tous ceux qui font de la liberté la valeur suprême et qui les dénoncent par leurs créations. Boualem Sansal est un grand écrivain, un écrivain majeur de cette nouvelle génération d’intellectuels maghrébins qui nomment les choses et n’hésitent pas à aller très loin dans leur engagement. Il a de tout temps mené une lutte acharnée contre les islamistes qui ont participé à la guerre civile terrible de la décennie 1991-1999. Deux cent mille morts.

Boualem Sansal connaît le pouvoir de l’intérieur, car avant de publier des romans, il a travaillé en tant qu’ingénieur dans le domaine industriel. Il sait les rouages de cette dictature militaire et ses manigances pour s’accaparer les biens que procure la manne pétrolière et gazière.

Boualem Sansal, courageux, a toujours insisté pour vivre dans son pays. Il l’a quitté il y a quelques mois, quand, pour des raisons qui lui appartiennent, il a demandé la nationalité française.

Cette arrestation a lieu au moment où le général Saïd Chengriha, ministre délégué de la défense et chef d’état-major de l’armée, est entré au gouvernement de M. Tebboune. Il a commencé par limoger le numéro 2 de l’armée et prendre, à sa manière, tout le pouvoir.

La contestation du régime n’est pas nouvelle. Aussi bien Boualem Sansal que Kamel Daoud, le Prix Goncourt de cette année, n’ont jamais renoncé à dénoncer le régime impopulaire d’Alger. Aujourd’hui, Boualem Sansal est en train de payer, non pas le fait d’avoir critiqué le régime, mais d’avoir dans une déclaration récente rappelé un fait que l’armée ne peut absolument pas entendre: «Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest de l’Algérie faisait partie du Maroc: Tlemcen, Oran et même jusqu’à Mascara». Cette vérité historique est insupportable. Il aurait pu ajouter que la ville de Tindouf faisait partie du Maroc jusqu’en 1932 lorsqu’un colonel de l’armée française a décidé de l’intégrer au territoire algérien, français à l’époque. On venait d’y découvrir des mines de fer importantes.

Évidemment, l’Algérie indépendante a toujours refusé de rendre cette ville au Maroc.

Ce rappel est douloureux pour des généraux qui ont fait de la lutte contre l’intégrité territoriale du Maroc à propos de son Sahara, une obsession qui les mène à des menaces belliqueuses contre le Maroc. En une année, l’Algérie a consacré 25 milliards de dollars à l’achat d’armes. Le Maroc moitié moins.

Le fait que Macron ait reconnu la marocanité du Sahara (29 juillet 2024) a rendu ces généraux fous de rage.

Le chanteur Cheb Khaled (Aïcha; écrite par Jean-Jacques Goldman) a acquis la nationalité marocaine en 2013. Depuis, il est devenu la bête noire du régime. Il vient d’être accusé «d’espionnage» contre l’Algérie au profit évidemment du Maroc. Un chanteur espion! C’est du délire.

Par ailleurs, un rappeur, Lotfi Double Kanon, est lui aussi poursuivi par les autorités d’Alger pour avoir chanté «Ammi Tebboune», un titre où il dénonce le régime dictatorial de son pays. Depuis le 11 novembre, date de sa mise en ligne, le tube a récolté plus de 4,2 millions de vues sur YouTube.

Il faut placer l’arrestation de notre ami Boualem Sansal dans le contexte d’un régime qui se durcit parce qu’il sait qu’il est de plus en plus impopulaire et assez isolé sur le plan diplomatique. La haine du régime algérien pour la France a redoublé de férocité après la visite d’Emmanuel Macron au Maroc (du 28 au 30 octobre dernier) et la signature d’une vingtaine d’accords dont certains concernent des investissements français au Sahara marocain.

Quoi qu’il en soit, Macron devra tout faire pour libérer l’écrivain et le citoyen français Boualem Sansal.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 22/11/2024 à 16h36

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La folie algérienne a dépassé toutes les limites elle ne cesse de provoquer le Maroc et d'essayer de nuire aux intérêts marocains par tous les moyens ses manigances se traduisent par l'utilisation des rentes pétrolières et gazeuses pour arriver à son but des rentes soutirées du financement du peuple algérien dont il a cruellement besoin pour survivre la dernière provocation fût la création d'un bureau d'une entité fictive séparatiste du Rif marocain Devant ces maladresses enfantines l'état voyou d'Algérie s'enferme davantage dans l'isolement et le désarroi

Les généraux algériens nous haïssent et les colonels français nous trahissent. Ces officiers français de l époque protectorat ont traité l espace géographique du Maroc comme un lieux d exercice pour des enfants qui s entraînent à utiliser les cisailles pour la première fois dans la vie.....imaginez la malice d un enfant avec un ciseau à la main.....vous aurez droit à une architecture la plus diabolique jamais vue...heureusement Paris était plus loin au nord.....

C'est ainsi la méthode et la lâcheté du régime des sous hommes Harki d'alger qui se prend toujours aux faibles et les sans défenses il est incapable de faire face a un autre pays sur le terrain des braves on connaît les femmes jalouses Harki et leurs bla bla et le vide total

Avec tous mes respects correction : la région de Tindouf a été annexée à l’Algerie française en 1952 suite à découverte du gisement de fer Ghar Jbilate

Rappel que Boualem est à l'origine un Marocain de par ses parents. Son cas est un avertissement à tous les khawatistes.

A la décennie noire, nombreux écrivains et artistes ont laissé leurs vies en servant de bois de feu d'un pouvoir assassin (dixit le Hirak al moubarak). Comment un esprit si brillant, soit ainsi si peu vigilant ? Il y a si peu ,déjà ,une journaliste ,si elle n'avait pu s'enfuir en Tunisie d'un pouvoir traitre, elle aurait pâtir si ce n'est l'ambassade de France en Tunisie qui est venu à son secours! Espérons que l'écrivain Sansal s'en sorte de cette épreuve. Hier Abboud, aujourd'hui Sansal......On doit faire attention, ce pouvoir aime sacrifier...pour semer la terreur dans un peuple affamé et terrorisé.. MERCI.

Même la Corée du nord ne peut pas faire mieux, la junte belliqueuse machiavélique sanguinaire Ânegerienne a atteint le Zenith ou plutôt le fond des abysses, comme cela ne suffisait pas, elle continue de creuser pour atteindre le Magma

c'est assez lourd a dire mais Monsieur Ben Jelloun se doit de remercier Dieu d'être un "écrivain" marocain, vu ce qu'endurent tous écrivains algériens du fait d'une virgule tordue.déplaisant les "autorités de leur pays. on comprend pourquoi l'épouse du célèbre écrivain Mohamad Arkoun (mort a Paris) a préféré l'enterrer au Maroc ainsi que M. Khider assassiné par le FLN a Madrid. Régime d'hommes a la démesure mentale égale a leur complexe de n'avoir pas usé de la plume, d'une guitare sinon avoir chanté dans leur salle de bain, homme a souche dénaturée. Si B. Sansal avait comparé son pays a la Tunisie, il n'aurait pas été dérangé, mais là le Maroc s'en est plus que de trop, un algérien n'a pas le droit de reconnaitre au Maroc ses mérites sous peine d'être le traitre de son pays

Bravo pour votre interprétation des faits....

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