Sommet des BRICS à Kazan: vers une nouvelle Yalta?

Rachid Achachi.

ChroniqueIl est certain que si l’on réunit 20 chefs d’État dans un même endroit, et a fortiori dans un contexte de crise géopolitique mondiale, ce n’est certainement pas pour parler de quelques points de PIB ou des mécanismes de lutte contre le réchauffement climatique.

Le 24/10/2024 à 11h00

Pour ceux qui auraient séché leurs cours d’histoire, la conférence de Yalta, tenue en février 1945, a décidé du nouvel ordre mondial qui allait irrémédiablement advenir après la chute imminente du Troisième Reich allemand.

Elle avait réuni les grands vainqueurs de la guerre (Staline, Churchill et Roosevelt) qui, tout en étant rivaux, ont pu en toute rationalité délimiter leurs futures zones d’influence et établir le cadre global de leur future rivalité, afin de garantir au monde une certaine stabilité durant ce que l’on appellera plus tard la «guerre froide», bien qu’elle fut assez «chaude» pour certains (guerre de Corée, guerre du Vietnam, guerre d’Afghanistan...).

Né sur les cendres de la Deuxième Guerre mondiale, ce nouveau monde bipolaire durera en tout et pour tout environ 44 ans, soit de 1945 à 1989, année de chute du mur de Berlin. S’en est suivie une nouvelle phase qui verra l’hégémonie quasi absolue d’une seule puissance, celle des États-Unis et de leur périphérie occidentale.

C’est le journaliste et chroniqueur politique américain Charles Krauthammer qui donnera son nom à cette phrase: «Le moment unipolaire». Il fut bien inspiré de choisir le terme «moment» puisque, pour certains analystes, l’année 2022, celle du début de l’opération militaire lancée par la Russie en Ukraine, marque la fin définitive de cette parenthèse historique, bien que les germes d’une multipolarisation du monde étaient déjà là bien avant cette date. Cette phase dura ou dure encore, l’histoire nous le dira, environ 35 ans. On est à peu près dans les normes en termes de cycles.

À cet effet, le sommet des BRICS, qui se tient dans la ville russe de Kazan du 22 au 24 octobre, démontre clairement que, malgré tous les efforts déployés par l’Occident -et Dieu sait qu’il n’a pas lésiné sur les moyens (sanctions, menaces, chantage...)-, il n’est pas arrivé à isoler diplomatiquement et économiquement la Russie. Bien au contraire. En poussant la Russie à redécouvrir qu’elle peut être plus asiatique qu’européenne, du moins sur le plan géographique, l’Occident a sans le vouloir provoqué un redéploiement stratégique, industriel et économique de la Russie vers le «Grand Sud Global».

«Le vrai but du sommet des BRICS à Kazan est de déterminer les grandes lignes stratégiques qui permettront au Grand Sud Global d’avancer face à un Occident qui refuse encore d’admettre les nouveaux rapports de force.»

Ainsi, plus de 20 chefs d’État, et pas des moindres (Chine, Inde, Turquie, Afrique du Sud, Égypte…), seront présents à cet évènement. Et nombre de ces pays ont, pour des raisons différentes, une revanche à prendre sur l’Occident et des raisons d’accélérer l’émergence d’un monde multipolaire.

Leur soutien, tantôt voilé, tantôt franc à la Russie durant son bras de fer avec l’Occident depuis 2022, démontre qu’en s’attaquant frontalement aux projets de l’Otan en Ukraine, Moscou a réussi à briser un tabou. Celui qui consistait à faire croire que la puissance de l’Occident était telle que s’y opposer frontalement relevait tout simplement du suicide.

Souvenez-vous à ce propos des paroles de l’ancien ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, qui promettait que l’Occident allait provoquer l’effondrement de l’économie russe, en brandissant notamment la menace d’une déconnexion de la Russie du système d’échanges financiers internationaux SWIFT. Depuis, Bruno Le Maire est revenu à sa passion première: l’écriture de romans érotiques et de fiction.

Revenons à Kazan. Il est certain que si l’on réunit 20 chefs d’État dans un même endroit, et a fortiori dans un contexte de crise géopolitique mondiale, ce n’est certainement pas pour parler de quelques points de PIB ou des mécanismes de lutte contre le réchauffement climatique. Le vrai but de la rencontre est de déterminer en commun les grandes lignes stratégiques qui permettront au Grand Sud Global d’avancer, en faisant front commun, face à un Occident qui refuse encore d’admettre les nouveaux rapports de force. Car ce qui se prépare à Kazan, c’est bel et bien la future conférence de Yalta, qui se tiendra probablement en Suisse ou en Turquie.

Il y sera ainsi question de la fin de l’hégémonie mondiale du dollar, de la refonte nécessaire de l’architecture des principales institutions internationales (ONU, OMC, FMI, BM...), d’une révision en profondeur du droit international et, enfin, de la fin de la guerre en Ukraine et au Proche-Orient.

Pour cela, il faudra encore guetter le résultat des prochaines élections américaines, pour voir qui sera le futur principal interlocuteur. En attendant, des personnes continuent de mourir par milliers dans les tranchées ou sous les décombres de leurs habitations.

Par Rachid Achachi
Le 24/10/2024 à 11h00

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La suprématie est un piège fatal juste un aperçu sur les événements historiques qui ont marqué la naissance des empires et leur déclin, révèle les agitations qui animent les dessous des pouvoirs de ces civilisations.personne à l époque n aurait cru à la chute et la disparition de Rome, idem pour Athènes et Carthage pour ne citer que ceux-ci.la fuite en avant est un choix forcé des super puissants, la gloire, la vanite,la dominance, ces privilèges les rendent opaques, la raison leur fait défaut, ce qui mène à l apparition de rivalités par besoin ou par vengeance. L occident s est forgé beaucoup d ennemis par son arrogance et par sa machine de guerre. Les occindeaux ne sont pas de bons négociateurs ,mais de super ravisseurs destructeurs.

Observer.Certes il faut toujours relativiser et nuancer pour eviter de se faire tirer sur propres pieds...si vous avez eu l occasion de participer à l Ascension d une montagne, vous allez constater qu après l arrivée époustouflant au pic du sommet, après un break de papotage et prise de photos de souvenir, vous rebroussez chemin en descendant volontairement avec des pas attentifs, et les yeux bien ouverts en parlant plus que lors de l ascention....le déclin c est pareil ...au cours de cette descente vous croisez d autres personnes qui se dirigent vers le point culminant. la civilisation c est pareil, c est un relais incessant, la flamme passe d une main à l autre sans trop de bruit, le soleil chinois déjà levé on attend juste qu il devient Rouge pour goûter de sa tolérance ou sa tyrannie

Awal - Il faut se méfier de l’idée d’un supposé «déclin» de l’Occident, ou d’une prétendue régression de son influence sur l’ordre mondial; tel qu’on le connaît depuis la dissolution du bloc de l’Est. De l’histoire des empires passés, afin de comprendre les raisons de leurs déclins, on doit retenir leur caractère violent, et surtout le niveau d’injustice qu’on a fait subir aux peuples soumis ou dominés de force. Certes, les occidentaux contrôlent un système mondial qu’ils ont mis plus d’un siècle à perfectionner, mais il faut reconnaître aussi que jamais l’humanité n’a connu autant d’abondance, de progrès, de liberté et de sécurité que dans toute son histoire. Mis à part, bien sûr, une certaine période de l’époque où les Musulmans furent maîtres des territoires que l’Islam avait conquis.

L'économiste qui a inventé le terme "BRICS" a déclaré que l'alliance, qui vise à défier les nations occidentales, "n'a rien à offrir" au-delà de gestes symboliques.Les dirigeants des économies émergentes ont été invités au sommet qui s'est tenu à Kazan, en Russie, dans le but de positionner le groupe comme une alternative à l'ordre mondial établi, alors que Moscou continue de subir des sanctions économiques au cours des 2 dernières années. Dans un article publié la semaine dernière dans Project Syndicate, Jim O'Neill écrit: "Le sommet annuel des BRICS est l'occasion idéale pour des dirigeants politiques comme V. Poutine de promouvoir une vision d'un monde que le USA ne dirigent pas.Dans cette publication, Jim O'Neill affirmait que la Russie restera une dictature jusqu'au la mort du Poutine

Rachid, votre tropisme pour la Russie transpire dans vos écrits. Est-ce une bonne ou mauvaise chose? Vous devez avoir vos raisons, qui peuvent être valables pour vous. Cependant, vous allez un peu trop loin en comparant le sommet des BRICS+ à Kazan à la conférence de Yalta. Quand-même, Rachid! Ne soyez pas excessivement idéaliste. Ce sommet n’a servi qu’à une et une seule chose: Redorer l’image de Poutine auprès d’une opinion publique russe qui lui est de plus en plus critique à cause de la sale, coûteuse et interminable guerre qu’il mène en Ukraine. Ceci n’est pas pour dire que la Russie a tord de vouloir récupérer certains territoires qui lui reviennent historiquement, et qui avaient été annexés à l’Ukraine. Ce n’est pas non plus pour dire que les Ukrainiens sont innocents! Mais, Yalta?!

A la moindre incartade de son environement sud, L'UE saura tenir avec fermeté et menaces de basses intensités son sud. Son carnet de sanctions potentielles ne manque pas d 'idées sous l'oeil de la très competente Ursula Leyen. L'UE-ocde n'ont absolument rien à craindre , et a maintenir une surveillance de très près

La Russie de Poutine n'a pas réussi à imposer sa vision de l'ordre mondial aux pays des BRICS lors du sommet de Kazan. Les tentatives du dictateur Poutine ont échoué. Dans le paragraphe final, les pays des BRICS se sont contentés de se rappeler mutuellement leurs positions nationales sur la question, ainsi que leur engagement envers les objectifs et les principes de la charte des Nations unies, la résolution pacifique et la diplomatie concernant la guerre en Ukraine, pays agressé par le dictateur Poutine. Le Russe Konstantin Remchukov écrit aujourd'hui : la Russie du dictateur Poutine reconnaît que la majorité écrasante d'Ukrainiens choisissent le gouvernement actuel du pays, se considèrent comme des Ukrainiens et ne veulent pas d'un avenir commun avec la Russie du dictateur Poutine.

Les vœux pieux des BRICS vont se fracasser sur les réalités et les intérêts de chaque état de ce groupe et je dis bien un groupe ce n’est ni alliance ni association chaque pays prie pour sa paroisse la Chine veut rester leader l’Inde ne veut pas voir son influence diluée dans de nouvelles adhésions la Russie qui joue des coudes pour s’affirmer devant le sud global et les pays occidentaux malgré les sanctions et une Afrique du Sud qui sombre dans une crise économique s’agrippant comme un noyé

C'est du pipi de chat ce sommet des BRICS, mais au fond de la pensée de Poutine est de manipuler tout ce beau monde, en sachant bien que 58% des transactions internationales sont réalisées en $, 30% en €, 2% en yuan...0% en roubles 😂. Poutine est une calamité pour le peuple russe, plus d'un dixième de la population russe vivait en 2022 sous le seuil de pauvreté, à y rajouter Poutine a modifié la constitution russe pour rester à vie comme président dictateur et a transformé la grande Russie en une dictature autoritaire, à la moindre manifestation ou toutes contestations, c'est minimum 10 ans de prison.Tous les opposants à Poutine ont été éliminés par le fameux polonium ou pousser au suicide.Ça me rappelle une autre dictature, où toutes les démocraties européennes ont vu le jour chez elle😂

Celui aussi qui a dit : Poutine est un ami de l'humanité 😂😂😂, je ne me souviens pas de son nom, mais ressemble beaucoup à Gargamel

Le Putin agresse tous ses voisins, bombarde des villes et tue des civils innocents ukrainiens, menace à coup de bombes atomiques quiconque qui s'oppose à ses délires, assassine tous les opposants et journalistes et de simples citoyens russes, côtoie les pires dictatures et criminelles dans ce bas monde comme la Corée du Nord, l'Iran, le boucher Fassad de Damas et d'un côté ce putin veut créer un nouveau ordre mondial ! C'est du fourage de gueule. On a pas vu à ce sommet des BRICS à Kazan le débile mental kedaboun de la descendance karghoulienne et 3ème puissance économie mondiale ! Curieux cette absence des grandes gueules et fanfarons de la dictature militaire ânegérienne.

Oui ! Que des pays pas très clairs sur la marocanite du Sahara !

"Il y sera ainsi question de la fin de l’hégémonie mondiale du dollar, de la refonte nécessaire de l’architecture des principales institutions internationales (ONU, OMC, FMI, BM...), d’une révision en profondeur du droit international et, enfin, de la fin de la guerre en Ukraine et au Proche-Orient........ En attendant, des personnes continuent de mourir par milliers dans les tranchées ou sous les décombres de leurs habitations." Que voulez-vous. Ils ne sont pas des ressortissants des pays formant les deux blocs: l'Occident et ce que vous appelez "le Grand Sud Global". Il nous faudrait, à mon avis, une de balance à trois plateaux. Deux plateaux n'assurent pas l'équilibre recherché. Tous les commerçants le savent. Merci pour votre analyse.

Vous dites "... Il y sera ainsi question de la fin de l’hégémonie mondiale du dollar, de la refonte nécessaire de l’architecture des principales institutions internationales (ONU, OMC, FMI, BM...), d’une révision en profondeur du droit international et, enfin, de la fin de la guerre en Ukraine et au Proche-Orient." ... Génial !!! Pour de tels Nobles Objectifs, on ne peut que souhaiter une tenue RAPIDE à cette future "Conférence de Yalta" ! Mais, j'ai peur qu'il ne s'agit là que de Vœux Pieux dictés par la tristesse de la Scène Géopolitique Actuelle ! Merci

Ssi Tazi merci et entièrement d'accord ! Je ne crois pas me tremper mais je me rappelle que suite à la chute du mur de Berlin, Feu Hassan II avait déclaré que le monde ne pourrait pas tenir debout sur un seul pied ! Merci

Salam si Hamdaoui que je lis dans vos interventions régulièrement, Je me permets de vous signifier que Yalta ne fut pas un vœu pieux en sa scission historique ayant cicatrisé le monde dans sa bipolarité. Bref,ce fameux rassemblement de Kazan n' est certainement pas une dichotomie de l' esprit ...,puisque cherchant justement une unité à contrebalancer le dollar se prétendant indétrônable ! Chokrane.

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