Ces années où le Maroc a «sacrifié» le rituel d’Aïd Al-Adha

Prière de Aïd Al-Adha à Casablanca

Revue de presseL’exhortation royale à ne pas célébrer le sacrifice cette année met en lumière le rôle prépondérant de la commanderie des croyants et confirme la singularité du modèle marocain dans sa gestion de la religion et de la politique. Cet article est tiré d’une revue de presse d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 27/02/2025 à 22h40

L’appel de Sa Majesté le roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, à s’abstenir de célébrer l’Aïd Al-Adha face aux défis économiques, sociaux et climatiques actuels, a été accueilli avec un profond soulagement par la population. Cette décision a suscité l’adhésion au sein d’une large frange de la société, éprouvée par la cherté de la vie, rapporte par Al Ahdath Al Maghribia du vendredi 28 février,

Bien que cette fête occupe une place singulière dans la société marocaine, l’incapacité financière s’est muée en fardeau pour honorer ce rituel. Cette situation engendre chaque année des difficultés considérables, exacerbant les problèmes sociaux et affectant durement les foyers les plus modestes.

Ce n’est pas la première fois qu’un souverain exhorte ses sujets à renoncer à cette célébration pour des motifs d’ordre économique et social, voire en temps de conflit. Le royaume a connu trois expériences similaires au cours du siècle dernier, sous le règne de feu le roi Hassan II. La première de ces occurrences remonte à 1963, lorsque le défunt monarque suspendit le sacrifice de l’Aïd Al-Adha en raison de la guerre des sables opposant le Maroc à l’Algérie. Ce conflit greva lourdement les finances du pays, alors engagé dans l’édification d’un État post-indépendance.

La seconde annulation eut lieu en 1981, une année marquée par une sécheresse sans précédent et une lutte acharnée contre le Polisario, soutenu par l’Algérie, la Libye, ainsi que par des pays du bloc de l’Est, sans oublier une opposition interne virulente. Ces facteurs conjugués provoquèrent une crise financière aiguë, privant le Maroc des ressources nécessaires à l’importation de biens essentiels. Feu Hassan II, en sa qualité d’Amir Al Mouminine, prenant exemple sur le Prophète Sidna Mohammed (PSL), annonça qu’il sacrifierait deux moutons, dont l’un serait offert au nom du peuple marocain.

L’histoire se répéta en 1996, lorsqu’une sécheresse désastreuse frappa le Maroc, incitant le roi Hassan II à annuler le rituel du sacrifice afin de préserver le cheptel et d’épargner des souffrances aux familles, relaie Al Ahdath Al Maghribia.

En réaction à la récente décision royale, de nombreux intellectuels, chercheurs et prédicateurs ont souligné la nécessité de s’abstenir du sacrifice cette année. Selon le chercheur Abdelwahab Rafiki, cette mesure était prévisible et attendue, compte tenu de la situation économique difficile. «Cette décision contribue à lever un embarras pour beaucoup. Je ne parle pas de l’embarras religieux, mais social, sachant que l’Aïd Al-Adha est une sunna (tradition) fortement recommandée, mais n’est pas considérée comme un péché pour celui qui ne la pratique pas, même s’il est riche, à fortiori s’il est pauvre», a-t-il déclaré.

Abordant le rôle prépondérant d’Amir Al Mouminine dans de telles circonstances, l’écrivain et chercheur Mountassir Hamada a souligné: «Ce n’est pas la première fois que l’opinion publique, tant au niveau national qu’international, s’interroge sur le rôle de la Commanderie des croyants. Cela confirme la singularité du modèle marocain dans la gestion de la dualité de la religion et de la société, et par conséquent, de la religion et de la politique.»

De son côté, le prédicateur Mohamed Berra explique: «L’initiative royale est une décision sage, car les scientifiques et les théologiens s’accordent à dire que la suppression provisoire de certaines sunnas (tradition) pour épargner des préjudices aux citoyens est une mission confiée au sultan, détenteur de l’autorité (wali al-amr).»

Par Hassan Benadad
Le 27/02/2025 à 22h40

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